Cette ville balnéaire française de Bretagne, d'un peu plus de 11 000 habitants, située à un jet de pierre du port mythique de Saint-Malo, dispose d'un statut culturel et historique particulier au sein de l'Hexagone qui lui permet d'organiser à chaque année des activités spéciales qui attirent des dizaines de milliers de personnes.
Les organisateurs estiment ainsi qu'au moins 70 000 touristes européens découvriront les créatures mystérieuses qui habitent dans les eaux sombres et froides du Saguenay ainsi que les splendeurs du fjord. La fascination des Français pour les grands espaces n'étant plus à démontrer, il est probable que des centaines de touristes ayant découvert la région à Dinard décideront de venir y faire un tour prochainement.
Après tout, ils sont déjà des milliers à visiter le Saguenay-Lac-Saint-Jean, via les grands navires de croisière qui mouillent au quai d'escales de La Baie, ou encore attirés par le concept de mise en valeur de la boréalie et de sa faune particulière mise de l'avant par les dirigeants du Zoo sauvage de Saint-Félicien.
Crédibilité
Pour les artisans du musée baieriverain, la présentation de l'exposition «Fantastiques monstres marins» en France constitue un gage de crédibilité certain. Dans ce milieu pour le moins hermétique, il demeure, en effet, fort rare que de plus petits joueurs, de surcroît installés hors des grands centres culturels réputés, parviennent à obtenir une telle reconnaissance.
Pour le Musée du Fjord, cette considération, cette percée française, est d'autant plus importante qu'elle est la deuxième à survenir en Europe. L'exposition interactive consacrée aux animaux marins du Saguenay a déjà été présentée, l'an dernier, en Belgique. Elle sera cette fois présentée au public européen dans son intégralité. Ce n'est pas rien.
D'autant plus qu'à Dinard, les collections et les pièces préparées par les spécialistes de l'institution baieriveraine côtoieront des expositions issues d'un musée norvégien et du prestigieux Muséum nationale d'Histoire naturelle de Paris.
Réappropriation
Les succès remportés par l'exposition du Musée du Fjord constituent, en quelque sorte, un nouveau jalon dans le processus de réappropriation du fjord du Saguenay par les élus de la capitale régionale en particulier, et par le Saguenay-Lac-Saint-Jean dans son ensemble.
Comme le souligne avec justesse l'historienne Russel-Aurore Bouchard dans son magistral ouvrage «Histoire de la navigation sur le Saguenay», l'attrait économique et surtout récréotouristique indéniable du fjord ont connu un long intermède, un trop long intermède dans les années 70, 80 et 90, et au tournant des années 2000, alors que peu d'initiatives collectives soutenues ont vu le jour à cette fin.
Ce n'est que depuis quelques années que l'on peut sentir, de la part des élus, une véritable volonté de mise en valeur de la rivière Saguenay et que ceux-ci semblent réellement décidé à appuyer les initiatives de développement issues des résidants qui bordent le fjord.
À cet égard, l'appui financier de Saguenay au livre de l'historienne Bouchard en constitue une manifestation. Au même titre que la construction du quai de croisières de La Baie qui a permis le retour des grands bateaux blancs jusque dans les eaux de la grande ville.
Signalons aussi le projet d'inscrire le fjord au sein du patrimonial mondial de l'Unesco, et les nombreuses initiatives visant à faire la promotion auprès des touristes, au Québec et comme ailleurs, des splendeurs des caps qui jalonnent les eaux de la rivière et des parcs nationaux qui l'encadrent.
Le fjord du Saguenay est unique en son genre, ne serait-ce que parce qu'il est habité d'un bout à l'autre. Il est donc normal qu'il soit au coeur des stratégies touristique, sociale et économique de la région.