Démarche délicate

Le président de Ressources d'Arianne, Bernard Lapointe.... (Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Le président de Ressources d'Arianne, Bernard Lapointe.

Le Quotidien, Jeannot Lévesque

 

François St-Gelais
Le Quotidien

Les élus de la MRC du Fjord souhaitent obtenir des redevances financières en échange de leur appui au projet d'exploitation du gisement de phosphore du Lac-à-Paul par la société Ressources d'Arianne. À défaut d'une entente formelle à cet effet, la MRC envisage de modifier les règlements de zonage des territoires convoités par la minière chicoutimienne afin de ralentir et de compliquer ses démarches sur le terrain.

Les élus de l'organisme ont posé les premiers jalons de ce bras-de-fer en devenir, mardi, en dévoilant un avis de motion à cet effet. Ce geste fait suite au dévoilement par les élus de la MRC, en décembre dernier, d'une première mouture d'un projet d'entente visant à moduler leur «partenariat» avec Ressources d'Arianne.

Ce document n'a pas eu de suite concrète, d'où le geste de élus. Tant pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la MRC du Fjord que Ressources d'Arianne, les enjeux en cause sont colossaux. Il le sont aussi pour le gouvernement du Québec, qui pilote péniblement un projet de loi visant à moderniser les balises légales encadrant l'industrie minière et l'exploitation des ressources minérales de la province, présentement bloqué à l'Assemblé nationale.

Potentiel

Dans le cadre du Plan Nord, le projet d'exploitation du gisement du Lac-à-Paul apparaît comme le dossier le plus prometteur pour le «Royaume», avec les projets d'expansion qui figurent dans les cartons des propriétaires de la mine Niobec de Saint-Honoré. Une série d'études ont démontré le fort potentiel du site et sa rentabilité. La demande en phosphore, un minerai essentiel pour la fabrication d'engrais, explose.

Il est aisé de comprendre la démarche initiée par les élus de la MRC du Fjord. Cette dernière est unique à cause de sa vocation rurale et de la grandeur de son territoire. Elle a été particulièrement affectée par la crise forestière. Des milliers d'emplois directs et indirects y sont tout simplement disparus. Qu'elle souhaite donc obtenir sa part des profits engendrés par l'exploitation minière est légitime. Selon son projet d'entente, ces redevances pourraient atteindre jusqu'à 1,5 M$ par année. C'est beaucoup d'argent pour un organisme qui cherche activement à redéfinir ses perspectives de développement économique.

La stratégie de la MRC du Fjord s'inscrit directement dans la mouvance régionale qui prône que l'exploitation des ressources naturelles de la région doivent y créer des emplois et des retombées financières. Il ne faut donc pas se surprendre que ce soit des élus du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui cherchent ainsi à créer un précédent en obtenant des redevances particulières issues de l'exploitation minière.

Conséquences

La démarche de la MRC demeure néanmoins très délicate, alors que les promoteurs de Ressources d'Arianne tentent de se positionner à travers la féroce concurrence internationale. Même s'il repose sur des bases légitimes, le bras-de-fer qui se dessine pourrait donc avoir des conséquences néfastes sur un projet susceptible de générer, dans la région, des investissements de près d'un G$ et des centaines d'emplois directs et indirects bien rémunérés. Des retards et des complications d'ordre politique pourraient inquiéter des investisseurs potentiels, en plus de faire exploser les coûts du projet, le rendant moins attrayant.

De plus, le contexte actuel rend difficile la négociation entamée par la MRC. La nouvelle loi devant moderniser l'exploitation minière au Québec est coincée dans les dédales administratifs. On y verra plus clair dans ce complexe écheveau de politiques et de normes une fois ce volet crucial du dossier réglé. Et, il reste que le régime de redevances en vigueur actuellement prévoit que celles-ci soient versées dans les coffres du Québec, et non à des instances locales.

Les sociétés minières peuvent accepter de verser des sommes aux communautés concernées par leur projet. Mais elles ne sont pas tenues de le faire. Les MRC étant des créature de l'État, c'est peut-être davantage en faisant pression sur Québec pour sa part des redevances qui lui sont versées que les élus de celles-ci pourraient obtenir leur part du gâteau.

En faisant pression directement sur Ressources d'Arianne, peut-être se trompent-ils de cible? Quoiqu'il en soit, la démarche initiée par le préfet Jean-Marie Claveau et ses collègues a le mérite d'obliger la région, Québec et les sociétés minières à réfléchir différemment à la question du partage des retombées générées par l'exploitation, que l'on prévoit de plus en plus forte, des ressources du sous-sol de la province.

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