La raison prime

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"La démonstration que la raison prime de plus en plus sur la passion au Saguenay-Lac-Saint-Jean se confirme aussi par le fait que 54 pour cent des répondants su sondage de Segma Recherche estiment que les éventuels surplus d'énergie générés par RTA durant le conflit ne devraient plus faire l'objet d'échange avec Hydro-Québec."

(Archives)

 

François St-Gelais
Le Quotidien

Plus le conflit de travail à l'aluminerie d'Alma s'étire, plus la raison prime sur la passion chez les Saguenéens et les Jeannois et plus les appuis aux syndiqués diminuent. Plus le conflit étudiant se prolonge, plus les Bleuets se rangent derrière la ligne dure prônée par le gouvernement du Québec, un phénomène qui mine les intentions de vote dans la région envers le Parti québécois. Telles sont les grandes conclusions qui se dégagent des deux premiers volets du sondage exclusif Segma Recherche-Le Quotidien publiés dans le Progrès-Dimanche et dans notre édition d'hier.

De prime abord, ces conclusions peuvent sembler surprenantes. Après tout, le SaguenayLac-Saint-Jean est réputé pour représenter un bastion nationaliste et fortement syndicaliste. Néanmoins, lorsque soumis à l'analyse, les résultats du coup de sonde apparaissent logiques et tout à fait cohérents avec la situation socioéconomique qui prévaut au «Royaume», notamment depuis les élections fédérales de mai 2011. D'ailleurs, le sondage Segma Recherche confirme que les électeurs d'ici sont nettement satisfaits des députés qu'ils ont élus à l'occasion du scrutin, et que ceux-ci appuient toujours le NPD.

Réalignement

En quelque sorte, le sondage démontre donc que le SaguenayLac-Saint-Jean n'échappe pas au réalignement «gauche-droite» qui s'est traduit, au Québec, par l'élection inattendue d'une vague de députés du NPD et par la quasi-disparition du Bloc québécois. À cet égard, le vieillissement de la population saguenéenne et jeannoise, confirmée par les données du dernier recensement fédéral, a certainement un impact. Des électeurs plus âgés sont plus conservateurs, au sens idéologique du terme, que les citoyens plus jeunes. Ils sont aussi moins revendicateurs que leurs cadets, et plus soucieux du respect de l'ordre établi, ce qui se traduit logiquement par des appuis plus marqués envers la direction de Rio Tinto Alcan (RTA), d'une part, et au gouvernement du Québec, d'autre part. Ce vieillissement de l'électorat explique pourquoi le virage à gauche de Pauline Marois trouve peu d'échos dans la région, et pourquoi son carré rouge semble déplaire autant. Le coup de sonde révèle aussi que les déboires de l'industrie forestière, jumelés aux mauvaises nouvelles économiques récentes, comme l'annonce de la fermeture prochaine de l'Usine Novelis de Jonquière, jouent un rôle certain dans l'évolution de la perception des citoyens de la région en lien avec le conflit à l'aluminerie d'Alma.

Parce que, plus le temps file, plus les conséquences financières négatives du lock-out sont apparentes. Aussi, plus le temps file, plus les citoyens réfléchissent aux enjeux, et plus la tête prend le dessus sur les émotions. À peine 22% des Saguenéens et des Jeannois croient que l'option défendue par les travailleurs syndiqués prévaudra à la table des négociations. Il est donc logique que les appuis au syndicat diminuent progressivement. Confrontés au test de la «vraie vie», les citoyens sont de plus en plus nombreux à espérer un dénouement du conflit et un retour à la normale. Reste à voir si cette réalité aura un impact alors que les deux parties doivent justement reprendre les discussions demain. Dans ce contexte, il n'est surprenant que la cote de popularité du chef syndical Marc Maltais, très exposé dans l'opinion publique, soit en retrait.

Démonstration

La démonstration que la raison prime de plus en plus sur la passion au SaguenayLac-Saint-Jean se confirme aussi par le fait que 54% des répondants au sondage estiment que les éventuels surplus d'énergie générés par RTA durant le conflit ne devraient plus faire l'objet d'échange avec Hydro-Québec, une légère hausse de trois points. Cet appui en progression doit se comprendre dans une perspective plus large et s'inscrit de manière cohérente, directement dans la foulée des grandes revendications de la région en matière d'exploitation des ressources naturelles. La volonté des Saguenéens et des Jeannois à cet effet demeure donc ferme envers les grandes multinationales. À cet égard, RTA a plusieurs projets importants dans ses cartons, tant pour Alma qu'au Complexe Jonquière, avec le Centre technologique AP60, ce qui correspond à des investissements atteignant plusieurs milliards$. Le sondage Segma démontre que le clivage «gauche-droite» remplace, actuellement, dans la région, le traditionnel affrontement sur fond nationaliste. La question, c'est de savoir si cette nouvelle orientation va perdurer à l'occasion du prochain scrutin provincial.

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