En quête d'impulsion

 

François St-Gelais
Le Quotidien

Une autre gifle pour la structure économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Tel que rapporté en exclusivité par Le Quotidien dans son édition de mercredi, voilà que les équipements et les technologies de pointe de l'usine de pyrolyse de Jonquière prennent la route de l'Oregon, vendus à une firme forestière américaine.

Certes, les installations destinées à la fabrication d'huiles combustibles et de charbon de bois à partir de résidus forestiers, de biomasse ou de caoutchouc chauffés à très hautes températures, inaugurées au tournant des années 2000, n'ont fonctionné que sporadiquement depuis leur construction.

Mais, tant que l'usine était ici avec tous ses équipements, il était toujours possible de croire à une éventuelle relance. Maintenant qu'elle est démantelée, cet espoir disparaît complètement, entraînant avec lui d'intéressantes possibilités de création d'emplois ou d'innovations en matière de biocarburant. Et laissant, du coup, un autre bâtiment industriel vide à Jonquière...

Comment expliquer une telle conclusion, un tel coup dur ? Comment expliquer qu'un projet de revalorisation de la biomasse forestière se termine ainsi en queue de poisson, dans une région où l'on cherche activement des avenues novatrices pour relancer sur d'autres bases l'industrie du bois? Le Saguenay-Lac-Saint-Jean à ce point frappé par la crise qu'il n'est plus en mesure de saisir les opportunités économiques qui se présentent? Qu'il n'est plus capable d'exploiter efficacement et durablement les percées technologiques qui surviennent sur son propre territoire?

Blâme

Inutile de blâmer les derniers propriétaires régionaux de l'usine de pyrolyse, le Groupe Alfred Boivin, et le créateur à l'origine du projet, le professeur de l'Université Laval Christian Roy. Ceux-ci ont maintenu intactes les installations de Jonquière durant une décennie, à leurs frais, tout en cherchant des partenaires susceptibles de lui assurer son approvisionnement en matières premières et des débouchés pour la production.

Ce qui est dur à accepter, dans ce contexte, c'est que les investisseurs qui viennent de se manifester proviennent des États-Unis, et y déménagent un technologie prometteuse qui pourrait un jour permettre de remplacer ou de diminuer les besoins en pétrole... Avec des retombées pour le moins juteuses, on le devine! Comment se fait-il, alors, que les grands joueurs industriels de la région, dont la forestière Résolu, ne soient pas impliqués dans le projet?

Était-ce un dossier dans la mire de Promotion Saguenay? Était-il vraiment à ce point avant-gardiste? Pourtant, le procédé fonctionne!

Riche d'un grand potentiel hydroélectrique, les décideurs et les élus d'ici ont-ils tendance à sous-estimer les autres sources d'énergie renouvelables présentes sur son grand territoire, comme justement, le recours à la biomasse et la fabrication de biocarburant? Ce serait donner dans un piège dangereux.

Au moins, Christian Roy demeure associé au projet. Ainsi, si la deuxième vie de l'usine de pyrolyse connaît remplit ses promesses, la région pourra-t-elle peut-être en tirer, directement ou indirectement, profit.

Potentiel

Il est d'autant plus difficile d'accepter la délocalisation de cette technologie qu'au départ, tous s'accordaient sur les mérites et le potentiel extraordinaire de l'usine de pyrolyse de Jonquière. Le gouvernement du Québec, dirigé à l'époque par le premier ministre Lucien Bouchard, alors député de Jonquière, était impliqué financièrement.

Les investissements, qui devaient atteindre 40 M$ au total, avait fait l'objet, en 1998, d'une grande conférence de presse. Un partenaire industriel hollandais était aussi dans le coup, ce qui ajoutait une dimension internationale à l'affaire. Lorsque ce partenaire européen a été avalé par une société pétrolière «traditionnelle» de Houston, peu après, le fragile échafaudage économique s'est effondré...

Répétons-le, le Saguenay-Lac-Saint-Jean vient de subir plusieurs coups durs économiques qui doivent impérativement inciter à la réflexion. Le temps presse.

Le cas de l'usine de pyrolyse de Jonquière démontre que certains projets novateurs et à très grand potentiel, qui pourraient servir à donner une nouvelle impulsion à son économie, sombrent mystérieusement dans les oubliettes régionales. Évidemment, on ne peut se permettre un tel luxe! Reste à découvrir d'où viendra cette nécessaire et vitale impulsion.

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