Changement
La Tunisie est le plus riche des états d'Afrique. Dans la capitale, les vastes avenues et l'architecture montrent l'empreinte de la riche famille qui y a occupé le pouvoir pendant plus de 30 ans. Cependant, dès qu'on sort de ces grandes avenues, les choses changent assez diamétralement. Sacs de plastique accrochés aux arbres, poubelles éventrées et odeurs d'égouts ne sont que quelques symptômes d'une gestion approximative de l'environnement. Le long des autoroutes, dès qu'on quitte la ville, on voit partout des squatters, des immeubles bâtis à la sauvette ou abandonnés, des fenêtres sans vitres et toutes sortes de signes d'un développement anarchique. C'est un peu la même chose pour les sols contaminés et les dépôts de déchets industriels. En cela, la Tunisie ressemble à ce que j'ai vu dans bien d'autres pays africains.
«Ce qui est encourageant, c'est que lorsqu'on fait une recommandation et que les gens décident de poser des actions, cela paraît tout de suite!» m'a souligné Jessica. Cette jeune Française, qui était venue faire sa formation à Chicoutimi en 2003-2004, travaille là-bas dans un bureau d'études. Elle avait fait son stage chez Récupère-Sol à Saint-Ambroise et travaillé par la suite chez Corneau et Cantin à Chicoutimi avant de retourner en France puis en Tunisie. Elle se dit ravie de la qualité des apprentissages faits à l'UQAC et du soutien professionnel qu'elle trouve dans la communauté des éco-conseillers formés chez nous. Ils sont plus de 120 et se retrouvent un peu partout dans le monde à faire progresser le développement durable. Ce sentiment de progrès tangible aux premières étapes d'un changement dans les modes de gestion de l'environnement, je le connais bien. C'est ce qu'on pouvait observer au Québec quand j'ai commencé ma carrière dans les années 1970.
La Tunisie est un état qui a un approvisionnement énergétique à 97% constitué de carburants fossiles. L'électricité y est produite en utilisant surtout le gaz naturel. À titre de pays en voie de développement, elle n'a pas à atteindre de cibles dans le cadre du Protocole de Kyoto, mais comme on a pu l'entendre dans le colloque, les autorités s'occupent quand même de ralentir la croissance de leurs émissions en essayant d'améliorer l'efficacité énergétique et en travaillant à l'installation de nouvelles sources d'énergie, en particulier l'énergie solaire dont le pays est abondamment pourvu.
Ces efforts rapportent et on a pu entendre des experts tracer la voie vers une transition énergétique à faible intensité carbonique par la combinaison de ces deux moyens avec des gains significatifs en 2020 et une baisse de 75% en 2050. Les interventions étaient claires, les progrès à accomplir mesurables et les actions pour y parvenir me semblaient raisonnables, tant en termes d'efficacité que de rentabilité économique. On est loin du Canada! Ici, le gouvernement renie ses engagements, se fixe des cibles faciles et ne prend aucun moyen spécifique pour les atteindre.
D'ailleurs, c'est ce qu'un des conférenciers a présenté comme analyse. Il a donné l'exemple de pays qui avaient atteint ou dépassé leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre de 1997 et les moyens mis en oeuvre pour y arriver et d'autres qui avaient plus ou moins échoué. Sans surprise, le Canada a été présenté comme un cancre. J'ai eu beau faire une intervention pour expliquer que le Protocole de Kyoto défavorisait des pays exportateurs de richesses naturelles à fort impact carbonique (pétrole, produits miniers, aluminium, papier) et mentionner que la situation du Québec différait de celle du reste du pays, j'ai quand même été obligé de convenir que le gouvernement fédéral n'avait pas fait ses devoirs depuis 1997. Notons que le colloque n'était pas une assemblée d'écologistes revendicateurs, mais un groupe d'experts et de fonctionnaires dans un pays en voie de développement. Ça augure mal pour notre réputation internationale! Le Sommet Rio "20 aura lieu dans trois semaines. J'imagine que si le Canada se fait «varloper» en Tunisie, cela ne devrait pas être beaucoup mieux à Rio. C'est à suivre!
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