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"Le projet de développer une véritable filière hydroélectrique à Saguenay trotte dans la tête du maire Jean Tremblay depuis la fusion municipale en 2002."

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

 

François St-Gelais
Le Quotidien

Saguenay accentue ses démarches afin de produire de l'hydroélectricité sur le site du barrage du Portage-des-Roches, à Laterrière, a révélé en exclusivité le Progrès-Dimanche dans sa dernière livraison. Une étude, réalisée par la firme Cégertec pour le compte de la ville, vient en effet de confirmer qu'il est possible d'exploiter de manière sécuritaire et efficace une centrale d'une puissance évaluée entre 6 et 8 MW à cet endroit névralgique très prisé des villégiateurs, des plaisanciers et des pêcheurs.

Si, de prime abord, l'idée mérite certes d'être explorée en détail, on peut d'ores et déjà affirmer que le projet, qui nécessiterait certainement des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars, ne passera toutefois pas comme une lettre à la poste auprès de certains groupes de citoyens.

Filière

Le projet de développer une véritable filière hydroélectrique à Saguenay trotte dans la tête du maire Jean Tremblay depuis la fusion municipale de 2002. Ce dernier a depuis concrétisé la remise en service des centrales Chute-Garneau et Pont-Arnaud à la suite de longues négociations avec le gouvernement du Québec. Les deux ouvrages n'étaient même pas encore entrés en service que le premier magistrat songeait à d'autres avenues. La possibilité d'utiliser le puissant débit d'eau qui transite par le barrage de Portage-des-Roches est ainsi apparue sur son écran radar dès 2007. De même, en 2008, les élus saguenéens ont également financé la confection d'une vaste analyse destinée à documenter le potentiel hydraulique de cinq autres sites de Saguenay et des environs susceptibles d'accueillir une petite centrale.

À l'époque, le projet de Laterrière visait à installer un ou des groupes turbines-alternateurs dans l'ouvrage même. Selon les informations dévoilées par le Progrès-Dimanche, les autorités municipales saguenéennes songent maintenant à construire la centrale complètement à côté du barrage même. La centrale serait donc alimentée par une conduite indépendante.

À première vue, une telle organisation a pour avantage d'éviter à Saguenay de devenir propriétaire, et donc gestionnaire, d'un barrage crucial pour la régularisation du bassin versant du lac Kénogami, un bassin capricieux et très particulier parce qu'il reçoit les eaux d'un immense territoire montagneux et dessert les besoins d'une «clientèle» à la fois industrielle et de villégiature. Tout un casse-tête. Par contre, cela signifierait aussi que la centrale hydroélectrique municipale serait dépendante, pour son alimentation en eau, d'une tierce partie, avec les désavantages que cela comporte.

Dans ce contexte, les conclusions favorables contenues dans le rapport de la firme Cégertec constituent un point de départ intéressant pour approfondir la réflexion concernant le site de Portage-des-Roches. En certifiant que le projet est tout à fait sécuritaire, l'étude permet d'assurer que les débats éventuels dans ce dossier pourront se faire dans un climat plus serein.

Débats

Parce que, chose certaine, si Saguenay confirme réellement sa volonté d'aller de l'avant à Portage-des-Roches, des débats importants sont à prévoir, et pas uniquement devant le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE). Du reste, des débats transparents, compte tenu de l'ampleur et de la nature du projet, seront nécessaires. Le site est reconnu comme un lieu de pêche et de villégiature de qualité. De nombreux résidants y sont établis et veillent jalousement, avec raison, sur leur qualité de vie. Plusieurs organismes à vocation environnementale sont aussi à l'oeuvre autour du lac Kénogami. Tous ces citoyens, en plus des autres contribuables de Saguenay, suivront le projet avec une attention décuplée. Ils auront bien des questions à poser et auront besoin de réponses précises.

Et, c'est sans compter les différents groupes qui dénoncent actuellement la multiplication des appels d'offres par le gouvernement du Québec en vue d'acquérir de l'énergie via les petites centrales, la biomasse ou la filière éolienne, alléguant que la pratique n'est pas rentable actuellement étant donné l'état des marchés de l'énergie.

Régionalement, le projet apparaît porteur et susceptible d'engendrer d'intéressantes retombées économiques pour Saguenay, et il mérite donc d'être analysé plus en profondeur au cours des prochains mois. Après tout, la demande pour l'hydroélectricité, énergie propre et renouvelable, ne pourra faire autrement que de s'accroître.

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