Sauf que, dans leur forme actuelle, les modifications annoncées au programme laissent planer de réelles menaces pour des économies à l'équilibre aussi fragile que celle du SaguenayLac-Saint-Jean et des autres régions ressources du Québec et même du reste du pays.
À trop vouloir bien faire, il arrive que les solutions proposées soient pires que le mal que l'on souhaite éradiquer. La levée presque unanime de boucliers envers la réforme conservatrice démontre que c'est probablement bien le cas avec certains aspects de la réforme décrétée par le gouvernement fédéral.
Dans les faits, les modifications proposées par Ottawa manquent de nuance, de sensibilité envers les réalités économiques différentes des régions par rapport à celles des grands centres urbains. Car, elles ne tiennent pas suffisamment compte du phénomène fluctuant et particulier du travail saisonnier. Ainsi, il suffirait vraisemblablement de quelques ajustements en cette matière pour rendre davantage acceptable un projet de réforme qui vise des objectifs par ailleurs légitimes.
Si aucun changement n'est apporté aux plans dévoilés par la ministre Diane Finley, des impacts négatifs réels sont à prévoir au Saguenay Lac-Saint-Jean. Il est ainsi fort probable que plusieurs travailleurs saisonniers habitués à oeuvrer dans le domaine forestier, en sylviculture, en horticulture, en tourisme ou en agriculture finissent par quitter la région, obligés de se trouver ailleurs un emploi à temps plein pour maintenir, voire simplement conserver, un niveau de vie décent. Cela ne veut pas dire que ces secteurs économiques névralgiques pour la région sont condamnés à la disparition à brève échéance. Mais, il est certain qu'un tel exode, outre ses conséquences démographiques néfastes pour le SaguenayLac-Saint-Jean, n'est pas de nature à favoriser le dynamisme de ces domaines d'activités.
Par voie de conséquence, la réforme de l'assurance-emploi, telle que dévoilée par le gouvernement fédéral, risque de générer, dans les régions, une véritable perte d'expertises de pointe. Un phénomène aux effets pernicieux et difficiles à mesurer mais néanmoins bien réels.
Car, les travailleurs saisonniers, peu importe leur domaine d'activités, développent tous des compétences et acquièrent des connaissances pointues liées à leurs tâches. Une entreprise confrontée à un fort roulement de personnel est ainsi condamnée à perdre ces compétences cruciales et à se morfondre dans un perpétuel cycle de formation continue de son personnel.
Dans ces conditions, il devient difficile de rester concurrentiel ou de se lancer dans de vastes projets d'expansion. Et c'est autant vrai pour l'industrie forestière en elle-même que pour le secteur de la sylviculture et l'industrie touristique. Trouver du personnel qualifié et passionné pour occuper ce type d'emplois est déjà difficile, si en plus ceux-ci ne sont plus en mesure de toucher de prestations d'assurance-emploi, cela pourrait devenir cauchemardesque pour les employeurs.
Souvenons-nous seulement que les opérations sylvicoles sont absolument essentielles pour assurer le bon fonctionnement de l'industrie forestière en général pour bien saisir l'ampleur des enjeux.
Pression
Le gouvernement Harper étant majoritaire et bien peu à l'écoute des pressions de l'opposition néo-démocrate à la Chambre des communes, ce n'est pas uniquement par le jeu politique traditionnel que la région pourra faire entendre ses récriminations dans ce dossier. Le message doit passer autrement et venir des électeurs eux-mêmes.
Les conservateurs n'aiment pas reculer sur le plan politique, comme l'ensemble du dossier des «F-35» l'a démontré. Mais il devront le faire si un véritable vent de contestation s'élève des quatre coins du pays pour exiger des modifications importantes à la réforme du programme de l'assurance-emploi. Déjà, il semble qu'un tel mouvement se dessine dans les provinces Atlantiques, où le phénomène du travail saisonnier est aussi très présent. Reste à voir si le dossier sera jugé assez important, dans la région, pour que les décideurs du SaguenayLac-Saint-Jean décident de se joindre au mouvement.