Le bon discours

Sur le même thème

Les Québécois «veulent une période d'accalmie», a insisté... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

Agrandir

Les Québécois «veulent une période d'accalmie», a insisté M. Charest, inquiet des répercussions que pourraient avoir les manifestations sur la saison touristique montréalaise et au premier chef, sur la présentation du Grand Prix de Formule 1, du 8 au 10 juin.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Jean Charest a l'art de se tirer dans le pied. Qu'il rompe les négos avec des associations étudiantes intransigeantes, passe encore. Mais pas qu'il nous installe durablement dans le concert des casseroles et de l'indignation impuissante. Il attise la colère avec sa désinvolture : « Vous aurez des élections d'ici 18 mois ».

Dix-huit mois : une éternité ! Il se garde le privilège odieux de jouer avec l'agenda, de magouiller le calendrier à sa guise. Pourtant, les Québécois sont quasi unanimes sur l'idée d'élections à date fixe.

Que pouvait-il dire qui eût calmé le jeu ? Quelque chose comme : « J'entends le mécontentement. Je crois cependant que mon gouvernement légitimement élu, qui n'a jamais caché ses intentions, a raison d'augmenter les frais de scolarité, tout en préservant l'accès à des études de qualité par les prêts et bourses, et par du large financement public des universités. Vous pourrez juger de mes décisions bientôt ».

Respect

« Par respect pour tous ceux qui déménagent le 1er juillet, pour tous ceux qui prennent des vacances rares et bien méritées, par respect pour les jeunes essaimés l'été, je ne veux pas déclencher d'élections tout de suite. Je souhaite que chacun puisse voter sereinement, sans risquer que la confection estivale laborieuse des listes électorales prive de leur vote certains concitoyens, surtout les jeunes. Je pense aussi au contribuable qui paierait ces complications. Je vous promets donc des élections en septembre. Entre-temps, je vous demande de profiter de l'été calmement, de respecter ceux qui vivent du tourisme, de ne pas nous appauvrir collectivement en nuisant à des activités économiques. »

J'espérais ce discours lénifiant, au lieu de son légendaire entêtement irlandais : « J'irai en élection quand ça me tente, endurez- moi ! ». Il se serait montré sensible mais ferme et soucieux de la paix sociale. Il nous aurait prouvé que le Québec lui tient plus à coeur que son parti, ses amis, sa gloriole, et le pouvoir. Je reste perplexe : pourquoi Jean Charest, fin politique, rusé, entouré, n'a-t-il jamais dans cette crise trouvé le bon mot, le bon geste posé au bon moment et de la bonne manière ? Incompétence, cynisme, ou les deux ?

Anonymat

L'anonymat me répugne. Ce bouclier de faibles, des peureux, de ceux qui n'assument pas leurs opinions, devient l'arme offensive des mesquins et des lâches. Parfois nécessaire, (le Watergate, le scandale des commandites) il ne constitue pas un droit absolu. Ceux qui se réclament du masque, de la banane ou du panda, qui manifestent à visage couvert, qui violent les lois et outragent les tribunaux et les droits individuels sous les cagoules, qui sèment la terreur informatique et économique par des ordinateurs zombies et des adresses IP factices, minent la démocratie.

Le collectif Anonymous s'anoblit en se prétendant le « Robin des bois du Web » ; il ne constitue qu'une bande de terroristes futés qui pensent détenir la vérité, et veulent l'imposer par la menace et le chantage. Rien de glorieux à pirater des sites internet : un « power trip » pour museler les autres, violer leur droit de parole.

La publication, cette semaine, de 130 identités de clients qui ont acheté sur le Web des billets pour le Grand Prix sonne l'alarme. Si on a craqué un site de transaction sécurisée, on peut ébranler la confiance dans toute l'industrie bancaire, et terrasser une économie en quelques clics. Il faut prendre ces maîtreschanteurs au sérieux, d'urgence !

Autrefois, sous Duplessis, ceux qui n'étaient pas « bleus » n'avaient pas de jobs. On punissait économiquement les citoyens pour leurs opinions. Les internautes qui menacent de boycott et de sabotage le Festival juste pour rire à cause des opinions sociales de Rozon ne valent guère mieux. Faire taire quelqu'un par la menace, anonyme de surcroît, voilà une technique bien loin de la social-démocratie dont se réclament pourtant ces « twitteux » !

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer