Si elle ne constitue pas une surprise, la transaction vient néanmoins donner un autre coup à la fragile filière régionale de transformation de l'aluminium. Car les parallèles avec le dossier Novelis sont très nombreux.
Transaction
L'usine de la rue Fay, spécialisée dans la fabrication de feuilles d'aluminium à partir de métal en fusion grâce à une technologie unique développée dans la région, était aussi, à l'origine, une propriété d'Alcan. Elle a aussi été cédée à des intérêts étrangers dans la foulée de l'achat du joyau canadien par Rio Tinto en 2007. À l'époque, il est vrai, cette transaction avait été motivée par des obligations légales plutôt que par des raisons d'ordre strictement commercial.
Le reste du dossier est connu. Il y a quelques semaines, sans préavis, la haute direction d'Hindalco, une division d'un empire basé en Asie, annonçait la fermeture définitive de l'usine Novelis à compter du 1er août prochain. Rien ne permet d'affirmer que l'Usine Lapointe connaîtra un sort similaire. Mais l'inquiétude qui plane au Saguenay-Lac-Saint-Jean depuis que la vente a été confirmée est bien légitime. Parce que l'usine régionale, qui n'était déjà qu'une petite installation parmi un groupe actif au Canada, aux États-Unis et en Chine, se retrouve désormais noyée dans un empire industriel basé au Kentucky, présent dans 25 pays et comptant déjà une cinquantaine d'usines.
Comment l'Usine Lapointe se positionnera-t-elle dans le vaste échiquier de la General Cable Corporation? Saura-t-elle résister aux assauts de la mondialisation, aux calculs impénétrables des coûts et des bénéfices, à l'éloignement des marchés, aux mécaniques de révision des coûts de production, à la concurrence, voire au jeu des subventions accordées par certaines autorités?
Le président et chef de l'exploitation de la branche Amérique du Nord de la multinationale, Gregory J. Lampert, s'est montré rassurant, en entrevue, hier, quant aux répercussions de la transaction, indiquant notamment que les produits de l'Usine Lapointe sont uniques. Lundi, il a parlé de nouvelles possibilités d'affaires, d'expansion, de développement de nouveaux produits... Justement, le partage des technologies a fait en sorte que celles mises au point à l'Usine Novelis seront bientôt employées en Chine, mais plus à Jonquière... Faut-il se réjouir, dans les circonstances, du fait que General Cable opérait déjà deux usines au Québec, à La Malbaie et à Saint-Jérôme?
Révision
La fermeture de l'usine Novelis et la vente de l'Usine Lapointe doivent servir de point de départ à une nouvelle réflexion concernant l'articulation de la filière régionale du métal gris. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a de nombreux atouts pour conserver sa position privilégiée à titre de pôle mondial de production d'aluminium. Les succès des équipementiers et des PME qui oeuvrent dans ce domaine ne sont plus à démontrer et constituent aujourd'hui une des pierres d'assise de l'économie régionale, avec les activités de recherche et de développement. Les efforts de la Société de la Vallée de l'aluminium ont eu des résultats. Il faut bâtir sur ces points positifs.
Pour ce faire, il faut que la région et que les intervenants liés au domaine de l'aluminium redéfinissent leurs attentes envers la transformation du métal gris. Il faut revoir la stratégie, réviser les plans d'action, redéfinir la vision. Notamment, il convient de se pencher sur la question de la première transformation, comme l'a judicieusement rappelé dernièrement le professeur de l'UQAC, Marc-Urbain Proulx.
Car, pour faire de la deuxième et troisième transformation, il faut d'abord que le métal en fusion produit par RTA soit conditionné une première fois, et que ces produits correspondent aux besoins des PME d'ici qui souhaitent les employer. C'est à ce niveau que le dossier Novelis et la vente de l'Usine Lapointe ébranlent la structure industrielle régionale, et rappellent comment l'achat d'Alcan par Rio Tinto a chamboulé le fragile équilibre de la filière de l'aluminium et l'économie de toute la région.