Sauf que, maintenant, l'information est plus palpable parce qu'elle est exprimée en chiffres. Ceux-ci ont été obtenus par l'analyse des procès-verbaux rendus publics sur le site internet de la ville. Les documents officiels ont été scrutés par la journaliste Mélyssa Gagnon et rendus publics dans la livraison du 13 mai de Progrès-Dimanche.
Pour chaque résolution approuvée par le conseil municipal en 2011, 7,5 ont été autorisées par l'exécutif, dont les quatre membres sont choisis par le maire Jean Tremblay, soit Luc Boivin (La Baie), Fabien Hovington (Jonquière), Claude Tremblay (Jonquière), et Marina Larouche (Chicoutimi). Le groupe des quatre est sous l'autorité suprême du premier magistrat.
L'année précédente, en 2010, le ratio était d'une résolution du conseil pour 6,3 du comité exécutif. D'une année à l'autre, l'exécutif prend toujours plus de place. Depuis cinq ans, 18 849 résolutions ont été adoptées à Saguenay. Seules 1303 d'entre elles provenaient du conseil municipal.
C'est peu quand on pense que la ville est représentée par 19 élus, qu'ils reçoivent chacun un montant de base de 27 807 $ et une allocation de dépenses non imposable de 14 951 $. Certaines responsabilités comme celles d'être membre de l'exécutif ou président d'un conseil d'arrondissement ou d'une commission viennent encore bonifier le salaire. Les élus ont même réussi à conserver tous les districts électoraux actuels. Une question se pose. Pourquoi maintenir en poste autant de conseillers s'ils n'ont aucun pouvoir décisionnel, ni même la possibilité d'intervenir aux séances du conseil de ville?
Droit
Reconnaissons un fait: la ville est dans son droit. Sauf que, si, dans la loi, rien ne permet de remettre en question le choix de la ville de laisser au comité exécutif le soin d'adopter la plupart de ses règlements, absolument rien n'empêche les citoyens de s'interroger sur le type de démocratie qui y est exercé. D'autant plus que d'autres villes semblables comme Gatineau, Trois-Rivières et Sherbrooke, ont plutôt fait le choix politique de laisser le pouvoir à l'ensemble des conseillers et non à un comité restreint d'élus, entièrement dévoués au maire, comme c'est le cas à Saguenay.
Jean Tremblay a raison sur un point: la structure fait sauver du temps. Ceux qui ont suivi assidûment les séances du conseil de ville de Jonquière, de Chicoutimi et de la Baie, avant la fusion, savent à quel point celles-ci devenaient improductives lorsque chaque conseiller, une fois l'ordre du jour épuisé, présentait sa longue « liste d'épicerie », laquelle se traduisait par des motions de félicitations en passant par l'implantation de dos d'âne, des demandes d'aide financière... Bref, des sujets, pour la plupart, sans intérêt pour le public, mais qui permettaient, certes, aux élus d'augmenter leur visibilité. Résultat: les citoyens devaient patienter des heures avant de pouvoir s'exprimer.
C'est clair qu'il fallait mettre de l'ordre dans ce type d'intervention. Le maire a discipliné les conseillers. Et c'est ce qui devait être fait. Le mauvais côté de la chose, c'est qu'ils sont devenus à ce point silencieux qu'ils semblent totalement absents de toutes les décisions importantes. Les séances du conseil ne sont jamais tendues et comme par magie on n'entend plus aucune voix discordante.
Tentation
Comme l'a souligné à juste titre le directeur général de l'Institut de la gouvernance des organismes privés et publics, Michel Nadeau, la vraie démocratie s'exerce au conseil municipal parce que c'est là qu'on entend le pour et le contre. Selon lui, lorsqu'un maire n'a aucune opposition, il est tenté de faire adopter des résolutions par son comité exécutif en se disant que, de toute façon, il contrôle toutes les instances.
Voilà tout le portrait de Saguenay. À moins d'un revirement spectaculaire, Jean Tremblay restera le roi du Royaume du Saguenay, exerçant son autorité sur sa cour, parce que les contribuables, dans l'ensemble, n'en prennent pas encore ombrage.
- Clin d'oeil -
Bravo aux docs de Jonquière
Depuis 30 ans, des médecins de Jonquière, par l'intermédiaire de Jonquière Médic, acceptent de dispenser des soins médicaux à domicile. Et cela est possible grâce à la générosité financière des gens du milieu et à la grande collaboration des médecins. Comment se fait-il qu'un service aussi remarquable ne soit pas imité?