À prime abord, cela constituerait peut-être une erreur de l'isoler de l'ambiance politique non seulement locale mais aussi mondiale et de réduire son regard sur le groupuscule d'extrémistes qui dépassent les bornes. Et de croire que ça peut se régler avec un coup de pied au derrière demeure, aussi, une solution douteuse.
Colonne ébranlée
D'un certain point de vue, il faut comprendre les Québécois qui n'en reviennent pas que les lois soient bafouées et, par surcroît, que les représentants élus soient traités cavalièrement. Jusqu'ici, au Québec, la société de droit a permis de maintenir une démocratie, une cohérence sociale et assurer l'équilibre des forces. Le conflit, sur fond de droit de scolarité, attaque ces fondements.
Il faut être ferme et clair : il ne faut pas tolérer l'inadmissible et le désordre. Cependant, comment ne pas faire le lien entre tout ce qui se passe en ce moment au Québec et les nouvelles notions de participation citoyenne et de démocratie directe. Ces concepts sont peut-être en train de sortir de la théorie et des séminaires, en étant transposés de façon malhabile dans la réalité. Il n'est pas aisé de se faire une idée sur le phénomène, mais il est encore plus incertain de croire que ça se terminera avec une entente entre le gouvernement et les associations étudiantes.
Souvenons-nous des jeunes de la région qui ont milité avec ferveur pour la construction d'une nouvelle salle de spectacles sur la zone ferroviaire de l'arrondissement de Chicoutimi plutôt que la réfection de la salle actuelle au Cégep de Chicoutimi. Personne ne les avait vus venir, surtout pas l'administration municipale, pourtantà l'affût des mouvements politiques et sociaux. Ces jeunes ont utilisé toutes les tribunes traditionnelles, en l'occurrence les journaux, les radios et les télévisions, et mis de l'avant la nouvelle réalité des médias sociaux (Facebook et Twitter) pour réussir à attirersuffisamment de contribuables à la signature des registres. Cette courte victoire a obligé Saguenay à aller en référendum sur l'avenir de l'Auditorium Dufour.
Ces jeunes ont constitué une opposition farouche, mais leur position ne pouvait faire le poids entre deux scénarios chiffrés à 12 et40 millions $. L'administration municipale a beaucoup insisté sur la capacité de payer des contribuables et sur l'état des financespubliques. Fallait-il voir dans cette expérience un nouvel intérêtpour la chose municipale de la part de la jeunesse ? L'actualité aide à mieux comprendre leur engagement.
Concentration
Paradoxalement, en dépit de ces idées de participation citoyenne et de démocratie directe, la journaliste Mélyssa Gagnon, de Progrès- Dimanche, a révélé, dans la dernière édition, que les décisions importantes à Saguenay se prennent à la table du comité exécutif. Quatre conseillers plus le maire décident 10 fois plus que l'ensemble du conseil municipal. Peu importe les motifs, force est de constater que cette délégation de pouvoirs de la part des autres « échevins » ne s'inscrit pas dans les nouveaux paradigmes d'une démocratie plus poussée. Peut-être que ça deviendra un anachronisme d'ici peu !
Les observateurs de l'actualité québécoise remarquent également que ce mouvement vient beaucoup de la méfiance des politiciens,laquelle réfère à des décisions prises en cercle restreint ou encore en catimini. Le dossier des gaz de schiste est un belexemple. Les liens présumés entre la mafia et les syndicats etle crime organisé et le financement politique désespèrent aussi une majorité de moins en moins silencieuse.
Tout jugement précipité risque de ne pas tenir la route face à un phénomène qui apparaît encore comme énigmatique. Les nostalgiques citent invariablement « Mai 68 » pour jauger l'affaire, une comparaison frivole dans la mesure où ces jeunes se réclament de leur époque.