Est-il nécessaire d'hypothéquer son avenir?

La Presse titrait cette semaine que le conflit étudiant avait fait des ... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Catherine Delisle
Le Quotidien

La Presse titrait cette semaine que le conflit étudiant avait fait des centaines d'éclopés. On tombe de haut quand on considère que les Québécois jouissent d'une qualité de vie exceptionnelle.

Pour plusieurs manifestants, il n'y a rien d'irréparable: des ecchymoses, des éraflures, des chevilles foulées, des jambes fracturées, des blessures au dos, des brûlures à la peau et aux yeux causées par du poivre et des gaz. Quelques-uns, en revanche, conserveront des séquelles pendant longtemps en raison d'un choc post-traumatique. Et il y a les autres, ceux qui subiront des conséquences pour le reste de leur vie. Je pense à cet étudiant du Cégep de Saint-Laurent qui a perdu l'usage d'un oeil après avoir été atteint d'un projectile, lors de l'émeute à Victoriaville. Tout cela, pour une hausse des frais de scolarité? Est-ce que le jeu en valait la chandelle?

Pensons aussi aux autres dommages collatéraux: des étudiants en difficultés financières qui rateront leur session, d'autres qui perdront leur emploi d'été ou se retrouveront devant la justice pour voies de fait sur des policiers et agressions armées. Certains étudiants prendront sans doute des procédures judiciaires pour les dommages qu'ils estiment avoir subis. Il y a ceux qui abandonneront leurs études.

Cela est d'autant plus consternant qu'une récente étude mentionne que l'accès à l'université progresse davantage en Ontario, où des hausses de frais de scolarité sont constamment enregistrées, qu'au Québec, avec le gel. Manifestement, on donne à la gratuité une vertu qu'elle n'a pas. Comme société québécoise, peut-être devrait-on faire notre propre examen de conscience et se demander si on prend les bons moyens pour valoriser les études.

Autres dommages collatéraux

Le réseau universitaire est l'autre grande victime de la grève étudiante. En laissant planer que les établissements de haut savoir dilapident l'argent, on contribue sérieusement à les discréditer. Les recteurs ne sont peut-être pas des modèles de gestionnaire, mais jettent-ils pour autant l'argent par les fenêtres? Rien n'est moins sûr.

Autre sujet d'inquiétude: des étudiants semblent maintenant tentés par des universités à l'extérieur du Québec. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il sera intéressant de voir comment s'en sortira le Cégep de Saint-Félicien, lui qui se tourne vers l'international pour contrer la baisse de sa clientèle. La grève étudiante a été longue. Ce n'est rien pour encourager les jeunes à choisir cet établissement, d'autant plus que l'attrait est généralement moins grand pour des études en régions éloignées. Il faut ajouter d'autres dommages collatéraux, comme les pertes économiques et les dépenses inhérentes à la grève. Et qui sait? Les touristes choisiront peut-être une autre destination.

On peut disserter à n'en plus finir sur les circonstances ayant mené à cet immense gâchis et tenter de trouver des coupables. On peut blâmer le gouvernement pour sa position trop ferme sur la hausse des frais de scolarité, le Parti québécois pour entretenir une position nébuleuse et opportuniste, les étudiants pour vouloir tellement être obéis qu'ils sont carrément incapables d'apprécier les gains substantiels que le gouvernement leur accorde: l'étalement des frais de scolarité, le rehaussement du seuil d'admissibilité aux bourses et aux prêts, le remboursement proportionnel au revenu. Tous les spécialistes soutiennent que ces avantages favorisent l'accès aux études pour les étudiants les moins fortunés. Choisir le statu quo, c'est choisir de financer la classe aisée. Est-ce cela que les étudiants souhaitent?

On peut s'en prendre aux syndicats qui soutiennent le mouvement étudiant et aux citoyens qui font passer leur message anti-Charest par les cégépiens et les universitaires. On peut s'en prendre aussi aux jeunes extrémistes, aux nostalgiques révolutionnaires des années 60 et à tous ceux qui ne prennent pas au sérieux leurs études. On peut accuser les policiers de brutalité .... et quoi encore!

Choix

Sauf que, lorsqu'on a un message à livrer, il faut choisir la manière de le faire. Les étudiants ont le choix d'organiser des manifestations pacifiques, le jour, avec un bon service d'ordre et un trajet défini, connu des policiers. Ou encore, ils peuvent se prêter à des rassemblements, en soirée, noyautés par des casseurs, et risquer ainsi de se retrouver au coeur d'une émeute, de recevoir un projectile, de subir des séquelles à vie et d'hypothéquer leur avenir.  

Quand on fait des choix, il faut les assumer.

CLIN D'OEIL

La natation et quoi encore?

Deux coroners recommandent au ministère de l'Éducation d'intégrer des cours de natation de base à la formation scolaire pour éviter les tragédies par noyade. Ne trouvez-vous pas que les écoles en ont déjà plein les bras avec le programme académique?

Réagissez: cdelisle@lequotidien.com

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