La majorité silencieuse n'en pense pas moins

«Dans la région, on ne rapporte pas de... (IMACOM, Maxime Picard)

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«Dans la région, on ne rapporte pas de cas graves d'intimidation à l'égard de ceux qui ont choisi de rester sur les bancs d'école. Les choses se passent tout autrement, ailleurs, au Québec, alors que des étudiants sont victimes d'intimidateurs tapageurs qui se croient investis du droit de faire perdre une session complète à leurs collègues, y compris un emploi d'été.»

IMACOM, Maxime Picard

Catherine Delisle
Le Quotidien

Très franchement, je m'attendais à recevoir des critiques cinglantes - ou à tout le moins des avis beaucoup plus partagés - pour avoir osé m'attaquer aux étudiants en grève, ces tyrans qui bloquent l'accès des cégeps et des universités depuis des semaines, particulièrement à Montréal et à Sherbrooke....

À mon grand étonnement, ma boîte de courriels était plutôt inondée de messages d'exaspération à l'égard de cette minorité tapageuse qui manifeste contre la hausse des frais de scolarité. Et cela, même si notre région a été particulièrement épargnée. Seuls les étudiants du Cégep de Saint-Félicien (depuis ils sont retournés en classe) et les universitaires de quelques facultés de l'UQAC ont participé à ce mouvement de boycott et dans un calme relatif. Les quelques événements fâcheux qui ont eu lieu se sont surtout produits au Cégep d'Alma, pendant une courte période.

Dans la région, on ne rapporte pas de cas graves d'intimidation à l'égard de ceux qui ont choisi de rester sur les bancs d'école. Les choses se passent tout autrement, ailleurs, au Québec, alors que des étudiants sont victimes d'intimidateurs tapageurs qui se croient investis du droit de faire perdre une session complète à leurs collègues, y compris un emploi d'été.

Ras-le-bol

Donc, qu'est-ce qui explique cette irritation excessive de la population régionale? C'est simple. Ça nous donne la nausée d'avaler, jour après jour, ce repas indigeste servi par des enfants-rois appuyés par les grandes centrales syndicales et autres artistes et indignés de tout acabit. Le tout diffusé en boucle dans nos médias nationaux.

Lorsque seules quelques pièces pyrotechniques sont lancées, dans les rues de Montréal, et que peu de fenêtres sont fracassées, les journalistes parlent d'une manifestation pacifique. Je me demande ce qu'on dirait si les jeunes casseurs - lesquels profitent allègrement de la situation - se manifestaient dans notre quartier et mettaient à sac notre maison?

Dans un long message, il y a cette dame qui reproche à la chef du Parti québécois, Pauline Marois, d'arborer le carré rouge plutôt que de se placer au-dessus de la mêlée, dénonçant au passage la CLASSE pour ses prises de position qui n'ont plus rien à voir avec la hausse des frais de scolarité, et les professeurs pour leur manque de jugement. « Pauline Marois avait réussi à remonter la pente. Je penchais de son côté, mais maintenant, quelle mollesse », analyse-t-elle. Elle regrette qu'on confonde absolument tout: les problèmes des étudiants avec les revendications des lockoutés de Rio Tinto Alcan. C'est n'importe quoi!

Il y a celui qui croit que tous ces « enfants gâtés » s'amusent à reproduire les événements de mai 1968. Un retraité d'une cinquantaine d'années dit ne pas comprendre comment on peut laisser trois étudiants (en parlant des leaders) faire la pluie et le beau temps, pendant qu'on assiste à la fermeture d'entreprises. Selon lui, aucun compromis n'est possible avec les jeunes, pour une seule raison: ils veulent et exigent. Fin de la discussion. Il se demande si on n'est pas en train de perdre notre gros bon sens à les écouter.

D'autres se questionnent sur cette bataille des frais de scolarité, alors qu'ils sont les plus bas en Amérique. « On n'a pas juste besoin d'universitaires, mais aussi de plombiers », a-t-on oublié ça?

L'animatrice Anne-Marie Dussault, de RDI, est prise à partie par un lecteur qui soutient qu'elle fait preuve de grande complaisance à l'égard des leaders étudiants et de leur cause. Et elle n'est pas la seule journaliste à agir ainsi, croit-il, insistant sur le fait que l'avenir nous dira qui soutenait cette démarche politique.

Les contre

Bien sûr, il y a les contre. Trois seulement, j'en suis la première surprise, dont celui qui me donne un cours accéléré sur la sémantique des mots grève et boycott et ce fidèle lecteur du Quotidien qui me reproche de titiller les préjugés de la populace. Il y a aussi ce billet d'une jeune fille de cinquième secondaire selon qui je dénigre les jeunes. Elle a tout faux.

Je les trouve imaginatifs, dynamiques, soucieux de la qualité de l'environnement (une notion qui nous était étrangère à leur âge), ouverts sur le monde. Quant aux trois leaders étudiants qui défraient la manchette, ils sont remarquables par leur belle présentation, la qualité de leur français et l'aisance avec laquelle ils s'expriment. Ils sont un exemple à suivre à une époque où nous avons l'énorme responsabilité de défendre et de promouvoir la langue française dans un univers d'anglophones.

Ce qui est regrettable dans le combat que mènent les étudiants, c'est de voir à quel point ces leaders ont laissé dérailler les choses. On peut être contre le gouvernement, le clamer haut et fort, mais lorsqu'on défend de grands idéaux de justice sociale, on respecte nos institutions, on dénonce la désobéissance civile et l'intimidation. On vit dans une démocratie. Les enfants gâtés à qui on n'a jamais dit non doivent comprendre qu'on ne peut pas se substituer à un gouvernement démocratiquement élu.

CLIN D'OEIL

Les Dominic Champane, Philippe Falardeau, Arianne Moffat et autres artistes comme Guylaine Tremblay et Christian Bégin se rangent derrière les étudiants et réclament un moratoire sur la hausse des droits de scolarité. Les Lucien Bouchard, Joseph Facal, Monique Jérôme Forget et autres économistes comme Pierre Fortin et Michel Audet... exhortent les étudiants à retourner en classe et à mettre l'épaule à la rout pour rehausser le financement de nos universités, qualité qu'ils jugent indispensables pour qu'une société distincte fortement minoritaire comme la nôtre puisse se développer. Selon vous, qui sont les plus crédibles?

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