Le cégep et l'université ont toujours attiré leur lot de tire-au-flanc, de petits révolutionnaires, de « pros » du parascolaire, de jeunes incapables de se brancher. En fait, des étudiants dont l'intérêt est partout sauf aux études. Les studieux, eux, parce qu'il y en a beaucoup, trouvent le moyen d'étudier, de travailler, de faire du communautaire, du social et de graduer dans les délais impartis. Ils ne traînent pas leur fond de culotte sur les bancs d'école ad vitam aeternam pour finir sans diplôme.
Au Québec, on veut offrir une éducation universitaire au plus grand nombre possible. C'est le choix de société qu'on a fait. Exception faite de rares disciplines comme la médecine, la plupart des facultés sont donc relativement accessibles.
Comme on ne pratique pas une sélection très sévère, qu'on entre à l'université un peu comme dans un moulin, qu'on débourse très peu pour notre formation, il n'y a donc rien de surprenant à ce que nos universités québécoises ne figurent pas dans le « top » du classement international, qu'elles n'aient pas le rayonnement des universités anglo-saxonnes, qu'elles soient incapables de trouver du financement privé et que les diplômés francophones, contrairement aux anglophones, ne donnent pas un cent à leur alma mater pour lui permettre de se bonifier.
Les Gaulois
Quand je vois les étudiants du Cégep de Saint-Félicien boycotter leurs cours depuis des semaines et le directeur général, Louis Lefebvre, soutenir que la session ne sera pas perdue grâce au temps qu'on grappillera ici et là, non seulement je m'interroge sur la qualité du diplôme qu'obtiendront ces fiers Gaulois du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais je me demande s'il n'y aurait pas lieu d'évaluer l'utilité du système collégial.
En attendant, les étudiants en sciences de la nature, qui espèrent une cote « R » élevée pour faire leur inscription dans une des facultés où la note fait foi de tout, ce n'est peut-être pas juste une session qu'ils rateront, mais leur avenir qu'ils mettront en jeu. En sciences, si tu ne multiplies pas les travaux de mathématiques, de physique, de sciences de la santé, si tu n'assistes pas à tes périodes de laboratoire, ce n'est pas un travail long qui va remplacer tout le temps perdu.
Quant aux étudiants de l'UQAC qui participent au mouvement, tant mieux s'ils se convainquent qu'un horaire compressé et quelques travaux longs seront suffisants pour maintenir la qualité de leurs cours. Cependant, il est légitime de se demander à quoi cela sert d'étudier une session complète si on réussit à obtenir la note de passage avec le minimum de présence et d'effort... à moins que les professeurs ne soient complaisants, eux qui appuient les jeunes dans leur boycott, qui manifestent eux-mêmes contre le gouvernement, tout en recevant leur plein salaire sans donner leurs cours. Si la session se prolonge, de préférence à un autre moment que pendant leurs vacances estivales, ils seront payés en temps supplémentaire, gracieuseté des contribuables québécois.
La liberté des uns et des autres
Cela dit, c'est le droit le plus strict des étudiants de boycotter leurs cours et de prendre les moyens nécessaires pour se faire entendre du gouvernement. Mais leur liberté s'arrête là où celle des autres commence. Ceux qui veulent étudier doivent pouvoir le faire en toute sérénité parce qu'au sens de la loi, ils ne sont pas des travailleurs en grève, mais des étudiants qui perçoivent des services. Et ils y ont droit. Le problème, c'est qu'ils semblent avoir été infiltrés par des gens qui ne cherchent pas à résoudre le dossier des frais de scolarité, mais plutôt à perturber le climat social. Les étudiants, ceux qui veulent vraiment réussir leurs cours, devraient avoir la sagesse de s'en dissocier.
Comme adultes responsables, nous avons l'obligation d'inviter nos jeunes à respecter la loi - les injonctions notamment - et à ne pas encourager les actes de vandalisme, les méfaits publics, le désordre social.
Dans quelle sorte de société vivrions-nous si on laissait la justice de la rue s'appliquer?
Réagissez: cdelisle@lequotidien.com
CLIN D'OEIL
Les nouveaux p'tits boss
Des enfants des écoles secondaires de Montréal ont boycotté leurs cours avec la bénédiction des autorités scolaires. Coudonc, y a-t-il encore un semblant d'autorité dans les chaumières et les écoles du Québec?