Dans la région, un bémol subsiste. Si le nombre total de blessés légers ou graves a diminué en 2011 par rapport au bilan de 2010, le nombre de décès, par contre, a cru de 8%. Ainsi, en 2011, 27 personnes ont perdu la vie sur les routes saguenéennes ou jeannoises, comparativement à 25 pour l'année précédente. Bien sûr, les statistiques sont toujours un peu trompeuses. Il suffit d'une seule tragédie impliquant une fourgonnette ou un minibus pour gonfler les chiffres. Il n'en demeure néanmoins pas moins que les tendances observées tant au Québec qu'au SaguenayLac-Saint-Jean sont encourageantes.
Campagnes
Les nombreuses campagnes de sensibilisation effectuées par les différents corps policiers de la province ainsi que par la Société de l'assurance automobile du Québec expliquent en grande partie ces constantes améliorations. Le resserrement de la législation entourant la conduite avec les facultés affaiblies, les grands excès de vitesse, l'utilisation des cellulaires tout en conduisant et la curieuse manie de texter au volant, aussi. Des initiatives d'ordre privée d'envergure, comme le documentaire «Dérapages» ou l'oeuvre de Jean-Marie de Konninck, ont certainement un impact.
Dérapages, présentement à l'affiche et objet d'un important battage médiatique, cible directement les plus jeunes conducteurs, ceux qui ont le moins d'expérience et qui sont, les statistiques le démontrent, encore proportionnellement les plus impliqués dans les accidents de la route. Mieux, le documentaire leur donne la parole, ce qui lui confère un effet décuplé et interpelle d'autant plus étroitement les 16-25 ans... Évidemment, il y a des limites aux résultats positifs pouvant être obtenus par le biais de messages publicitaires chocs ou grâce aux campagnes de prévention.
Ces outils sont peu efficaces auprès de certaines clientèles, de tous les âges, qui ne voient pas leur véhicule comme un moyen de transport mais plutôt comme un prolongement d'eux-mêmes, et qui ne considèrent pas la conduite comme un privilège associé à de grandes responsabilités mais plutôt comme un droit acquis... Et qui sont donc imperméables aux campagnes de sensibilisation. Une minorité de conducteurs contre qui l'on ne peut donc que sévir.
Outils
Pour toutes ces raisons, il convient de considérer le recours accru aux radars photo prévu par Québec à titre d'outil de prévention, et non à titre de pièges instaurés par le gouvernement pour remplir ses coffres. Parce que, il reste que l'an dernier, 479 personnes sont mortes en automobile. Plus d'une personne par jour! Cela demeure un énorme tribut. À la condition, toutefois, que ces radars photo soient utilisés judicieusement aux endroits les plus dangereux, que leur présence continue à être signalée clairement aux usagers du réseau routier et que les sommes recueillies servent à alimenter des campagnes de sensibilisation à la sécurité routière et, à la limite, des projets concrets d'amélioration du réseau routier. Tout est matière de dosage et de bon jugement.
Du même élan, Québec a choisi de légiférer afin d'interdire toute consommation d'alcool aux conducteurs de moins de 21 ans. La mesure a soulevé l'ire de certains groupes, qui ont vu dans cette mesure drastique une forme «étatisée» de discrimination. Avant que la grogne entourant la question de la hausse des frais de scolarité ne prenne toute la place, d'aucuns parlaient même de contester la mesure devant les tribunaux.
À cet égard, le gouvernement s'est attaqué à une réalité brutale qui ressort, année après année, dans les bilans routiers québécois. Encore en 2011, un décès sur cinq survenu sur les routes de la province s'est classé dans la tranche des 15-24 ans. Québec a donc pris le taureau par les cornes et choisi d'imposer une mesure «mur à mur» qui ne laisse pas de place à interprétation. Admettons qu'il est probable qu'un nouveau conducteur habitué dès le départ à ne jamais boire et conduire a de fortes chances de garder cette bonne habitude toute sa vie durant.