En point de presse improvisé, lundi soir, à l'issue de la séance mensuelle régulière du conseil municipal de la Cité de l'hospitalité, M. Asselin a livré tout haut une réflexion qui circule en coulisse parmi les intervenants interpellés par le lock-out à l'aluminerie d'Alma: le conflit de travail entre dans une période de dormance qui fait en sorte que les possibilités de règlement satisfaisantes à court ou moyen terme sont désormais difficilement envisageables.
Rupture
En quelque sorte, le maire Asselin vient d'attacher le grelot. Sa sortie oblige les Saguenéens et les Jeannois à considérer la situation qui prévaut à Alma sous un angle différent. À analyser davantage le fond du dossier plutôt que sa forme.
Car, effectivement, la rupture survenue à la table des négociations à la fin du mois de mars, quelques heures avant la grande manifestation organisée par le syndicat, constitue un coup dur. Les médiateurs mandatés par Québec, aussi aguerris et expérimentés soient-ils, ne réussiront pas très souvent le tour de force de ramener à la table des négociations deux parties aux positions aussi éloignées. Dans ce contexte, chaque rupture a un effet décuplé. Le gouffre devient à chaque fois un peu plus profond.
Effectivement, que la période estivale approche à grands pas fait en sorte que toute tentative de rapprochement efficace sera reléguée à plus tard. Au mieux à la toute fin de l'automne... Effectivement, pendant ce temps, des gens souffrent, l'économie du Saguenay-Lac-Saint-Jean stagne. Effectivement, comme le souligne le maire Asselin, l'Usine Alma, aussi moderne et rentable soit-elle, ne constitue qu'un petit élément du grand jeu de Rio Tinto Alcan (RTA).
Et, effectivement, la division « Alcan « ne représente qu'un petit élément de ce même grand échiquier de Rio Tinto, multinationale qui multiplie justement les indices afin de démontrer la solidité de ses positions...
Tracer des parallèles constitue toujours un exercice périlleux, surtout quant aux fins détails. Tout de même, impossible de ne pas établir de liens avec la fermeture aussi brutale qu'inattendue de l'usine Novelis de Jonquière. Les installations de la rue Fay battaient des records de production et de performance en matière de santé et de sécurité, elles étaient rentables. Peu importe. Cette usine sera fermée définitivement dès le 1er août; quelque 160 emplois de qualité et bien rémunérés disparaîtront.
Bien sûr, cela ne signifie absolument pas qu'il faille envisager la fermeture de l'aluminerie d'Alma, la « Ferrari « de RTA! Cela signifie seulement que l'industrie primaire évolue rapidement. Que l'économie mondiale évolue rapidement. Que la mondialisation, concept éminemment galvaudé, a néanmoins des impacts majeurs qui viennent saper les fondements socioéconomiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Que ce que l'on croit impossible peut survenir. Comme un conflit de travail qui se compte finalement en années plutôt qu'en mois...
Position
La dernière sortie du maire Asselin est d'autant plus pertinente que ce dernier maintient, depuis le déclenchement du lock-out, une position de neutralité très claire. Il a donc les coudées franches pour aborder les vrais enjeux et pour jouer pleinement son rôle afin de préserver les intérêts de tous ses citoyens, de toute sa ville. Et d'inciter à la réflexion, comme il vient de le faire.
En disant ouvertement douter des résultats de la nouvelle tournée internationale amorcée par le président du syndicat, Marc Maltais, le maire d'Alma émet une critique constructive, en plus de mettre le doigt sur une pièce clé du casse-tête. C'est dans la région, avec sur la table les réalités propres à la région, que se réglera ce douloureux conflit.
Il est utopique de croire que c'est dans les grandes capitales du monde que l'impasse sera dénouée. C'est à Alma que les deux parties sont condamnées à s'entendre.