Cette information qui a fait la manchette a consterné tous les bien-pensants. La ministre, les fonctionnaires du réseau de la santé et des Agences, les dirigeants d'établissements, sont tous pointés du doigt comme étant les grands responsables de cette ignominie.
Pas une seule fois nous n'avons imputé quelque tort que ce soit aux enfants et à la famille proche. Les aînés sont parqués dans des CHSLD, nous les visitons à la sauvette à Noël et à Pâques entre l'horaire de premier ministre de nos enfants, le travail, les sorties, les voyages, les rencontres sociales.
Ce constat n'est pas exagéré. Tous les reportages sur les aînés en arrivent à la même conclusion. En plus d'avoir une santé chancelante, plusieurs d'entre eux souffrent cruellement d'isolement.
La solitude chez les aînés est d'ailleurs le phénomène le plus marquant de notre société. Aujourd'hui, vieillesse se décline avec désillusion, car elle se passe seule, loin des enfants et de la parenté, dans le fin fond d'un CHSLD. Parce que la vieillesse dérange notre vie super occupée. On n'a pas de temps à y consacrer. Ce n'est pas intéressant.
Ce sont donc les personnes bénévoles et le personnel des CHSLD qui comblent l'absence des proches. Voilà pour le nouveau portrait de famille!
CHSLD versus CPE
Pourtant, la meilleure manière de savoir si nos vieux parents sont bien traités dans leur centre pour personnes âgées, c'est de leur rendre visite régulièrement, de prendre un repas avec eux à l'occasion, de demander à nos jeunes de donner du temps à grand-papa et à grand-maman, de partager avec eux des moments enrichissants.
Avons-nous oublié à quel point nous les avons sollicités pour du gardiennage spontané, du dépannage de fin de semaine, quand ce n'était pas pour un voyage dans le Sud, histoire de profiter enfin d'un répit? Leur présence ne nous gênait pas. Ils étaient tellement commodes!
Des allées et venues plus fréquentes des proches dans les CHSLD permettraient de dénoncer des situations inadmissibles, de contrer des abus et, surtout, de rassurer les aînés. Les familles, si elles étaient le moindrement soucieuses d'améliorer leur sort, agiraient comme autant d'inspecteurs observateurs de la qualité des services.
On se plaît à dire que dans les centres de la petite enfance (CPE), les enfants sont chouchoutés, bien nourris, la couche toujours changée. L'explication est simple. Les parents tiennent à l'oeil le personnel, prêts à dénoncer le moindre écart. Si notre surveillance était aussi soutenue dans les CHSLD, il y aurait moins d'histoires d'horreur.
Ingérence
Nous reprochons constamment au gouvernement de s'ingérer dans notre vie de tous les jours, d'agir en « gouvernemaman » et d'entretenir notre culture de dépendance et d'infantilisation.
Lorsqu'il s'agit des aînés, pourtant, nous réclamons sans cesse l'intervention de l'État. Plus d'inspecteurs et de visites d'appréciation, plus d'infirmières, plus de diététistes, plus de préposés, plus de centres pour personnes âgées, plus de lits disponibles pour eux dans les hôpitaux... Ça fait l'affaire des familles d'être relevées de leurs responsabilités à cet égard, des devoirs que nos parents, autrefois, ont assumés pleinement et généreusement.
Bien sûr, nous ne reviendrons pas au temps où des enfants dévoués hébergeaient leurs vieux parents. Encore que de plus en plus, nous encourageons la construction de maisons intergénérationnelles.
À l'évidence, le gouvernement a la responsabilité et le devoir de s'assurer que nos personnes âgées mangent bien, bénéficient d'une bonne hygiène et vivent dans un milieu sain, respectueux et agréable. Le gouvernement est imputable, certes.
Mais, nous, que pouvons-nous faire pour que nos parents aient une fin de vie heureuse?