More French, please

Daniel Côté
Le Quotidien

Si le sport fait partie de notre culture, pourquoi notre culture ne ferait pas partie du sport?

La question mérite d'être posée en raison de l'attitude des Saguenéens de Chicoutimi, dont l'animation musicale n'accorde aucune place aux chansons québécoises. L'auteur de ces lignes a pu le vérifier une nouvelle fois le 18 février, à l'occasion de la visite des Cataractes de Shawinigan au Centre Georges-Vézina.

Entre la première mise au jeu et la présentation des trois étoiles, un rituel que la défaite rend toujours plus amer, on a entendu du rock anglophone, du AC/DC, du Queen, des Stray Cats, du Blondie, des Bangles, même une vieillerie des Beatles. De bien bonnes choses, le plus souvent. Aucun problème de ce côté.

Les accents exotiques sont venus d'un air vaguement espagnol, d'une toune techno qui se voulait italienne et de deux pièces en français provenant de l'autre côté de la grande mare. L'une d'elles était de Philippe Lafontaine. L'autre, on ne sait pas, mais c'est secondaire. Ce qui compte, c'est ce qu'on n'a pas entendu ce jour-là.

Pas de Jean Leloup, ni de Marie-Mai. Aucune trace du Charlebois des grandes années, de Plume, de Pagliaro ou des Colocs. Trop quétaines? Pas assez internationaux? Céline Dion, alors? En fouillant un peu dans son abondante discographie, on trouverait sûrement quelque chose de présentable.

Quand on sait que plus de 2000 personnes assistent aux matches et que ce public est varié, allant des enfants qui tiennent à peine debout aux retraités proches du grand âge, on réalise qu'il faut couvrir une large palette de sensibilités. Il s'agit d'une contrainte, mais aussi d'une belle fenêtre pour présenter autre chose que les hymnes diffusés dans toutes les patinoires de ce continent.

Qu'on laisse les clichés aux joueurs et aux commentateurs et qu'on essaie de refléter l'immense créativité que déploient nos artistes, y compris ceux de cette région.

Et si on tient absolument à honorer la langue des maîtres, qu'on regarde du côté d'Arcade Fire, de Mahogany Rush, de Nanette Workman (surtout depuis son virage blues), voire de Pascale Picard ou de Bran Van 3000. Eux aussi ont enrichi la culture québécoise.

Ça ne changera pas la face du monde, mais de cette manière, les Saguenéens feront honneur à la population qui assure leur subsistance, ainsi qu'aux couleurs de leur uniforme, qui évoquent celles du drapeau québécois. Ils poseront un geste symbolique et néanmoins important, puisqu'on ne peut pas demander aux autres de nous respecter, en tant que peuple, si nous ne le faisons pas nous-mêmes, y compris dans un centre sportif.

À chacun son Bourassa

Étrange attitude que celle de l'auteur Georges-Hébert Germain, qui vient de pondre une biographie de l'ancien premier ministre du Québec, Robert Bourassa. D'abord, cette manie qu'il a de qualifier ce livre de portrait, comme si cela autorisait toutes les libertés, est agaçante. Le procédé est commode, puisqu'il permet de se dédouaner à l'avance.

On peut se montrer subjectif, laisser des zones d'ombres, sans en subir les conséquences. Une couche de teflon et le tour est joué. Ça fait penser à ceux qui proposent des «work in progress», des oeuvres censées évoluer constamment. Si c'est mauvais, inutile de critiquer parce qu'on se trouve dans une autre réalité, celle de la non-responsabilité.

L'autre réaction désagréable, de la part de Georges-Hébert Germain, porte sur la sortie d'une version condensée des livres Le tricheur et Le naufrageur, de Jean-François Lisée. Il n'aime pas le fait que cela coïncide avec la publication de son «portrait», ce qui laisse songeur. Si quelqu'un lit le brûlot de l'ancien conseiller de Jacques Parizeau, peut-être voudra-t-il découvrir un point de vue différent.

La plume de Germain étant agile, on peut présumer que cette exploration se fera sans mal, que le lecteur y trouvera même quelque plaisir. Lui a qui a eu le mérite de s'intéresser à un sujet pas très sexy, moins qu'un Lévesque ou un Trudeau, devrait faire plus confiance aux amateurs d'histoire qui constituent son public cible. Se montrer si défensif, si craintif, à ce stade-ci, donne à penser que sa cause est mauvaise.

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