C'est que, tel que l'a révélé le Progrès-Dimanche dans sa dernière livraison, sous la plume de Patricia Rainville, la localité du maire Jean-Yves Dufour a perdu, en raison du geste posé en décembre dernier par le ministre Clément Gignac, la moitié de ses revenus de taxes, soit environ 3 M$. Une situation qui découle du fait que les centrales et les ouvrages de production hydroélectrique appartenant à Hydro-Québec ne sont pas inscrits au rôle d'évaluation des municipalités où ils sont érigés et ne « rapportent « donc pas de taxes.
Cette ponction dans le budget est si importante pour la localité alpine qu'elle a déjà confirmé qu'elle cessait le paiement de sa quote-part à la MRC du Fjord, un montant de plus de 238 000 $, et qu'elle suspendait le versement des quelque 496 000 $ qu'elle doit défrayer annuellement envers la Sûreté du Québec pour la couverture de son territoire par le corps policier.
Le maire Jean-Yves Dufour a également déjà confirmé que des projets majeurs pour la croissance de sa municipalité sont désormais placés en veilleuse, notamment des travaux d'amélioration des routes et du réseau d'aqueduc de la municipalité ainsi que l'aménagement d'un nouveau secteur résidentiel dans le secteur du Valinouët. C'est dire la gravité de la situation pour Falardeau et pour les citoyens de l'endroit. Mais aussi pour la MRC du Fjord-du-Saguenay, dont le budget de fonctionnement se retrouve fragilisé par la perte de près d'un quart de million de $. Toujours par effet domino, c'est donc l'ensemble des municipalités de la MRC qui subiront à divers degrés les contrecoups de la perte des privilèges hydroélectriques de Produits forestiers Résolu (PFR) sur la Shipshaw.
Inutile de revenir sur le fond de ce dossier. La décision prise par le ministre Gignac devait être prise. Québec devait, dans les circonstances, remettre les pendules à l'heure avec la compagnie. Ce constat étant acquis, compte tenu des impacts imprévus que la reprise de possession par Hydro-Québec de la centrale Jim-Gray engendre, il devient impératif que Québec vienne en aide à la municipalité de Saint-David-de-Falardeau.
Transition
Il est plutôt exceptionnel, voire tout à fait inusité, qu'un geste posé volontairement par le gouvernement ait des conséquences aussi brutales et aussi sérieuses sur le fonctionnement d'une municipalité. La perte subite de la moitié des revenus totaux d'une localité à la suite d'une décision de l'État demeure un fait exceptionnel. Or, des circonstances exceptionnelles exigent des réponses qui sortent de l'ordinaire. Car, on ne peut certes pas demander aux contribuables falardiens d'assumer sans préavis et immédiatement la totalité du manque à gagner de 3 M$.
Et si la petite localité peut mettre sur la voie d'évitement, pour un temps, certains projets, il est difficile d'exiger de ses élus de ne procéder à aucune mise à niveau des infrastructures à court et moyen terme. De même, obliger Falardeau à écarter définitivement tout plan d'expansion du secteur alpin n'apparaît pas non plus comme une solution d'avenir. Au contraire, la municipalité devra attirer plus de villégiateurs, plus de résidants et de commerces pour pouvoir équilibrer ses budgets à long terme. Ce village alpin constitue d'ailleurs le meilleur outil pour ramener de l'ordre dans les finances locales.
Québec ne peut évidemment pas agir comme une béquille permanente pour aider la localité à absorber le choc engendré par le dossier Jim-Gray. Toutefois, le gouvernement doit soutenir la municipalité et l'aider à traverser la pénible période de transition qui s'annonce.
Des solutions faciles, temporaires et relativement peu coûteuses existent certainement. Québec pourrait par exemple exempter Falardeau de certains paiements, ou la rembourser de certaines dépenses obligatoires liées à la desserte policière ou aux services aux citoyens. Ou encore lui verser une indemnité spéciale durant quelques années. L'important, c'est que Québec soit ouvert au dialogue avec les élus falardiens et que le gouvernement soit disposé à faire partie de la solution, ce qui profitera à tous les citoyens de la MRC du Fjord, déjà affectés par la crise forestière.