Clément Gignac a réitéré, lundi, que Québec entendait maintenir la ligne dure envers PFR. Pas question, donc, de céder de nouveau des droits sur le barrage à la compagnie, ni de leur accorder des privilèges en regard au régime forestier devant entrer en vigueur en 2013. Les règles du jeu étant claires et nettes, tous les participants installés autour de la table ont désormais le loisir de jouer leurs cartes au mieux de leur capacité.
Ligne
Depuis qu'il a été assermenté aux fonctions de ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac est parvenu à maintenir une ligne de conduite cohérente, ce qui n'est pas un mince exploit dans les circonstances. Le message qu'il envoie, depuis le début, dans le dossier de la centrale Jim-Gray, penche nettement en faveur des revendications de la région. Étant incapable d'obtenir des garanties suffisantes d'investissements de la part de PFR en échange des droits hydrauliques, Québec a décidé de retirer le barrage à la compagnie. Un message très fort envoyé aux entreprises qui souhaitent exploiter les ressources naturelles d'ici.
Mais, le message est également teinté de réalisme. Lundi, le ministre Gignac a confirmé que l'énergie de Jim-Gray pourrait encore servir à alimenter les usines d'Alma et de Kénogami, vendue au tarif industriel, si PFR dépose un plan d'affaires en ce sens. Voilà qui est somme toute rassurant pour les travailleurs des deux usines. À condition, bien sûr que la multinationale démontre sa volonté de continuer à les opérer, ce qui n'est pas encore acquis à long terme. Clément Gignac a aussi indiqué que Québec était encore disposé à aider PFR via différents outils, en autant que celle-ci dépose un vrai plan d'affaires et, a-t-il dit à mots à peine couverts, fasse preuve de transparence et mette fin à ses politiques qui cherchent manifestement à diviser la population et les élus.
Coïncidence ou non, le ministre a effectué cette sortie deux jours avant que le grand patron de Résolu, Richard Garneau, débute lui aussi une tournée régionale. Il sera intéressant de voir comment ce dernier répondra aux positions prises par Québec et comment la compagnie entend profiter des portes laissées entrouvertes. Chose certaine, PFR dispose d'une occasion unique de clarifier ses intentions une fois pour toutes, calmer les inquiétudes et renouer un dialogue constructif pour assurer plus solidement sa relance. Quelles cartes jouera-t-elle?
Région
Clément Gignac a également réitéré que les bénéfices générés par les turbines du barrage de la rivière Shipshaw serviront à soutenir, d'une façon ou d'une autre, le développement économique du SaguenayLac-Saint-Jean. Un élément crucial pour l'avenir de la région. Notamment, le ministre a effleuré la possibilité de mettre en place, grâce aux revenus générés par le barrage, un fonds de diversification économique. Du coup, c'est donc à la CRÉ d'établir, rapidement, son propre plan d'action «énergétique». Et ce plan aurait avantage à considérer plusieurs scénarios. Résolu aura peut-être besoin de l'énergie pour continuer à opérer les usines d'Alma et de Kénogami, voire d'autres installations régionales. Mais, peut-être pas. En ce cas, est-il pertinent d'exiger que Québec cède le barrage et/ou son énergie à un autre joueur industriel comme Elkem Métal, qui a dans ses cartons des projets majeurs? Faudrait-il alors considérer Rio Tinto Alcan? Ou la création et le partage d'un bloc d'hydroélectricité patrimonial régional comme l'a suggéré le député Sylvain Gaudreault? Si PFR achète l'énergie au tarif grande puissance, à quoi devraient alors servir les fonds promis par Québec? Subventions aux PME et à l'innovation, chaires de recherche en produits du bois, soutien financier à des investissements industriels structurants?
Beaucoup de possibilités à considérer donc, et ce dans un très court laps de temps. Ce qui constitue une vraie occasion de renouveler une solidarité régionale qui a traversé, dernièrement, bien des tempêtes.