Ainsi, le passage le printemps dernier de Jack Layton à «Tout le monde en parle», événement normal sinon banal, s'est traduit par une vague orange sans précédent au Québec lors des élections fédérales du 2 mai 2011. Cette vague a causé la presque disparition du Bloc québécois et la démission soudaine de Gilles Duceppe, politicien qui semblait pour le moins inamovible. Cette démission a, à son tour, créé une onde de choc qui a ébranlé l'ensemble du mouvement souverainiste, qui a amplifié la dissension au sein du Parti québécois, qui a incité des députés poids lourd à démissionner, qui a gonflé les appuis à Québec solidaire et qui a favorisé l'émergence de nouveaux partis politiques souverainistes. Cette réorganisation des forces politiques québécoises a sans doute joué aussi un rôle important dans la décision de François Legault et de sa garde rapprochée à lancer officiellement la Coalition avenir Québec sur le terrain, décision qui a généré la disparition de l'ADQ et qui a fragilisé, par ricochet, encore davantage le leadership de Pauline Marois et la solidarité au sein du caucus péquiste. Et qui a probablement joué un rôle dans la volte-face du premier ministre Charest quant à la mise en place de la Commission Charbonneau.
Sondage
Le résultat de ce complexe jeu de dominos se traduit aujourd'hui, selon le plus récent sondage réalisé par la firme CROP pour le compte de La Presse, par une chaude lutte à trois partis au Québec.
Ainsi, si des élections avaient eu lieu au cours des derniers jours, la CAQ aurait remporté la faveur du vote francophone et gagné une cinquantaine de circonscriptions. Peut-être formé un gouvernement minoritaire, donc. Le coup de sonde démontre aussi que les libéraux s'accrochent et devancent toujours le PQ, troisième dans les intentions de vote.
Les sondages n'ont beau, dans le jargon politique, «n'être que la photo d'un moment précis d'une opinion publique susceptible de changer rapidement», il reste que ces résultats n'ont rien pour calmer la zizanie au sein du clan péquiste. Et cette zizanie, faut-il le rappeler, n'est pas sans conséquence pour le SaguenayLac-Saint-Jean puisque les députés péquistes de la région sont résolument identifiés à la chef Pauline Marois, laquelle s'agrippe toujours à son poste malgré les coups de poignard...
Les données du coup de sonde révèlent également que la CAQ, après avoir dominé dans les intentions de vote et après avoir connu un départ canon, subit un ralentissement. Bref, ceux qui croyaient que tout était joué et que la prochaine campagne électorale ne serait qu'une formalité risquent d'avoir tort. La lutte sera plus chaude que prévu et même si le premier ministre Charest atteint toujours des sommets d'impopularité, ses chances de rester au pouvoir demeurent réelles.
Économie
Le débat référendaire étant actuellement relégué loin dans la liste des priorités des Québécois, ce sont les enjeux liés à la santé, à l'éducation et à la relance économique qui prendront le plancher à l'occasion des prochaines élections. Des enjeux qui concernent évidemment très étroitement le SaguenayLac-Saint-Jean. Néanmoins, les intervenants et les élites d'ici auraient tort de croire que les intérêts des régions ressources seront réellement au coeur des débats. Au contraire. L'arrivée de la CAQ dans le paysage électoral québécois aura probablement comme effet de tourner les projecteurs vers les grands enjeux de société, la question du financement des services publics et un affrontement gauche-droite et un déchirement public-privé plutôt que vers les besoins criants des régions éloignées. Lesquelles, ont, de toute façon, un bien faible poids dans les urnes...
À cet égard, la Coalition de François Legault n'a toujours pas dévoilé ses plans et ses stratégies envers les régions ressources. Une lacune qui laisse place à toutes les spéculations, et qui permet encore aux péquistes et aux libéraux de dévoiler leurs propres intentions en cette matière et de finalement, lui voler la vedette dans les urnes, peut-être dès la prochaine fonte des neiges...