La truculence de son propos, jumelée à la centralisation du pouvoir entre ses mains, a vite polarisé l'opinion au sein du milieu culturel. Même ceux qui ne l'apprécient guère reconnaissent qu'il constitue une source d'inspiration exceptionnelle. Cet homme est tout, sauf inintéressant.
Au théâtre, le filon de l'humour a été exploité avec bonheur par les Clowns Noirs. Dans plusieurs de leurs pièces, ils se sont amusés aux dépens du maire et de son administration, une manière d'afficher leur scepticisme, tout en mettant les rieurs de leur côté.
On a aussi vu atterrir sur le web une version du film La chute où Jean Tremblay, épousant les traits d'Adolf Hitler enfermé dans son bunker, se lance dans une diatribe aussi drôle que décousue. Plus subtilement, la compagnie de théâtre Les Têtes Heureuses a mis à l'affiche la pièce d'Alfred Jarry, Ubu roi, il y a quelques années. Le choix de ce texte drôle et absurde n'avait rien d'innocent.
L'artiste le plus persistant, toutefois, demeure le poète et cinéaste Pierre Demers. Au lieu de s'abîmer dans la détestation, il a tourné plusieurs courts métrages au ton ironique, la série des Nous sommes tous des... . C'était un bel effort, mais pour frapper les esprits, il fallait trouver mieux, ce qui a donné naissance à la première de ses poupées vaudou.
Parions que dans 50 ans, l'une de ces créations fera partie de la collection permanente de La Pulperie. Affichant un esprit d'entreprise digne d'un membre de la Chambre de commerce, Pierre Demers a vendu plus de 300 poupées dans le but de financer ses projets « politiques ». En prime, elles lui ont procuré son 15 minutes de gloire au Canada anglais, grâce à un grand quotidien. Des firmes de relations publiques sont payées cher pour obtenir ce genre de visibilité.
Son dernier projet n'est pas moins original. Cette fois, il a recyclé les propos tenus par Jean Tremblay depuis le début de sa carrière publique. Regroupées dans L'Abécédaire de maire, un livre publié à compte d'auteur, les citations de sa cible favorite représentent une lecture plus réjouissante que les Pensées de Mao.
Il y a une semaine, dans les pages de ce journal, Pierre Demers a annoncé que L'Abécédaire constituait son chant du cygne en ce qui touche Jean Tremblay. Il souhaite que d'autres prennent le relais, mais qui le fera? À notre époque, il est plus « cute » - et surtout moins risqué - de porter un discours écolo que de mettre le doigt dans l'engrenage infernal de la politique.
La ministre et la chanteuse
Pour une deuxième fois, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Christine Saint-Pierre, a annulé une visite dans la région en invoquant les aléas du climat. Encore mardi, la politicienne a renoncé à participer à une rencontre de presse tenue à l'église Saint-Luc de Chicoutimi-Nord, laquelle était prévue pour le lendemain.
On comprend que son horaire est chargé et qu'il ne faisait pas beau mercredi. En même temps, on se demande pourquoi elle n'est pas arrivée la veille, quitte à faire l'impasse sur un autre rendez-vous. Quand on tient vraiment à participer à une activité, c'est ainsi qu'on agit.
Pour se motiver, qu'elle pense aux artistes qui, même quand les éléments transforment nos routes en patinoires, trouvent le moyen de se rendre dans notre région pour honorer leurs engagements. Quelqu'un comme la chanteuse Fanny Fay, par exemple, qui s'est présentée au Sous-Bois de Chicoutimi le 13 janvier, alors que la météo était exécrable.
Ce n'était pas pour divertir 800 personnes, ni rencontrer les puissants du moment entre deux sorties en limousine. Fanny Fay a bravé la tempête afin de présenter ses compositions devant une cinquantaine de fans, au maximum.
Parce qu'elle trouvait ça important.