D'une part, pour renouveler les droits hydrauliques de la centrale Jim-Gray sur la rivière Shipshaw, Québec exige un plan d'investissement de la part de Résolu, un prérequis qui se fait toujours attendre. D'autre part, Résolu semble vouloir concentrer ses billes au Lac-Saint-Jean en conservant ses avantages. Une position défendue par certains élus du Lac, qui invitent le Saguenay à penser plus régional.
C'est sur ce tableau que se jouera la partie de l'industrie forestière en 2012, ce qui risque de faire monter l'émotivité. Les élus de Saguenay ont à défendre des travailleurs qui ont été mis à la rue avant Noël, tout comme ceux du Lac cherchent à aider ceux qui ont tout perdu depuis plusieurs mois. Vraisemblablement, 2012 sera l'année de tous les dangers pour la solidarité régionale et c'est Résolu qui en est la cause.
Penser plus loin
Y a-t-il une solution à court terme? Quel est le meilleur plan pour la région? Comment pouvons- nous tirer le maximum des avantages énergétiques consentis à Résolu? Bien que toutes ces réponses se trouvent dans le court terme, la région doit nécessairement prendre acte des rapports qui ont été déposés avant Noël par le professeur invité de l'UQAC, Pascal Triboulot, qui s'est penché sur l'utilisation du bois.
Ce n'est pas compliqué, l'ingénieur français a découvert au Québec que nous sommes des experts en forêt, mais que nos connaissances en bois d'ingénierie sont très limitées.
Triboulot voit dans l'utilisation du bois comme matériau de construction une voie de secours pour le SaguenayLac-Saint-Jean et le Québec, mais il ne croit pas que ça puisse se concrétiser si les élites, de la politique et des affaires, continuent de se mettre la tête dans le sable.
C'est évident, qu'à court terme, le plan Triboulot ne soulage pas les Saguenéens et les Jeannois privés de leur emploi par un modèle qui s'essouffle, mais à moyen et long terme, il est porteur pour la nouvelle génération de créateurs et d'innovateurs. Le consultant français cite le cas d'Épinal, en France, une petite localité devenue la référence en la matière grâce à un programme créé de toutes pièces et d'une volonté politique à toute épreuve. Pour 80 postes à la faculté du bois, il y a quelque 2000 postulants, ce qui contraste avec les écoles de la forêt au Québec, qu'elles soient collégiales ou universitaires, où il manque de candidats!
Le rapport remis au ministre fédéral, Denis Lebel, ratisse large, touchant aux faibles coûts des énergies au Québec et de l'abondance de l'eau, de la position de force des exécutants, qui dictent leur volonté aux donneurs d'ouvrage privés ou publics et à l'association que font les Québécois avec la forêt. Pour beaucoup de gens habitants les régions forestières, le bois symbolise la misère, les conditions de travail difficiles et l'exploitation.
C'est justement pour se sortir de ce modèle que Triboulot pense que le Québec devrait mettre sur les rails un vaste chantier pour se réapproprier sa ressource à travers une meilleure connaissance. Il est d'avis que les jeunes talents créateurs et innovateurs se précipiteraient aux portails des écoles afin d'embellir les constructions résidentielles, commerciales et institutionelles. Preuve à l'appui, il montre ce que les Français et les Européens en général arrivent à faire avec le bois, qu'ils n'ont pas pourtant pas en abondance,
Autre réflexion du professeur, le doute qu'il entretient à l'égard des citadins et sur leur conception de la forêt. « Ça repousse », dit-il, voulant ironiser sur les débats qui font rage et qui priorisent de ne pas exploiter la forêt.
Faire confiance
En France, dit-il, en substance, je rêvais à la nationalisation des forêts, mais après mon séjour ici, je m'interroge. Il veut dire par là que tout le monde se mêle de la gestion de la forêt et qu'on ne fait plus confiance aux gens qui vivent à proximité, Un petit pays comme la France, avec peu de forêts, crée une valeur ajoutée intéressante sans menacer la pérennité.
La part intéressante dans le rapport Triboulot vient du fait que l'UQAC se trouve derrière et met tout en branle pour avoir le meilleur des suivis. C'est vrai qu'il existe de gros joueurs dans le milieu, notamment l'Université Laval, mais il faut se souvenir que la grappe industrielle (recherche et équipements, entre autres choses) autour de l'aluminium est née, dans la région, d'un besoin vital et d'une volonté politique.
Alors, pourquoi pas le bois!