Le meilleur et le pire

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L'année est jeune, mais déjà, elle nous a fait voir le meilleur et le pire de... ((Archives))

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Daniel Côté
Le Quotidien

L'année est jeune, mais déjà, elle nous a fait voir le meilleur et le pire de la part du milieu culturel. Le meilleur, c'est la réaction mature, civilisée, de l'artiste John Boyle-Singfield et de la direction d'Espace Virtuel, la galerie chicoutimienne qui accueille sa nouvelle exposition depuis jeudi. Le pire, c'est la faillite du Festival international de la marionnette, aussi connu sous le nom de Maniganses.

Soyons positifs et commençons par l'exposition. Elle regroupe des tableaux, des vidéos et des photographies qui reproduisent les oeuvres qu'on a pu voir dans la même salle, l'automne dernier. L'artiste en a livré des versions volontairement maladroites, ce qui, dans son esprit, fait écho à l'omniprésence de la copie «cheap» à notre époque. Il réfère aux longs métrages qu'on filme à partir de la salle avant de les vendre sur Internet, ainsi qu'aux albums commercialisés à l'insu des musiciens et des maisons de production.

Très tôt, lui et la direction d'Espace Virtuel ont réalisé que ce projet pouvait déraper. C'est pourquoi les artistes qui avaient été invités à l'automne - ils étaient cinq - ont été consultés. Certains ont accepté de voir leur travail servir de matrice à un collègue, mais d'autres ont exprimé des réticences. C'est ce qui a incité le directeur général de la galerie, Sébastien Harvey, à offrir à John Boyle-Singfield de ne présenter que les créations ayant été dûment autorisées, ce que le Saguenéen a refusé.

Il a préféré laisser fermée la porte vitrée donnant accès à son exposition, ce qui permet d'entrevoir trois ou quatre créations seulement. Le vernissage a quand même eu lieu, mais ce n'est pas la chose la plus étonnante dans cette affaire. Ce qui impressionne au premier chef, en effet, c'est l'attitude adoptée par les protagonistes, mardi, lorsque l'auteur de ces lignes a recueilli leurs commentaires.

John Boyle-Singfield aurait pu grimper dans les rideaux, comme l'aurait fait la moyenne des ours. Personne n'aime travailler pour rien. Or, malgré une grippe persistante, il est demeuré serein, se contentant d'assimiler sa mésaventure à un cas de censure. Il avait confiance en la légalité de son geste, eu égard au respect du droit d'auteur, mais comprenait le désir de la galerie de s'épargner une poursuite potentiellement ruineuse.

Appelé à justifier le point de vue d'Espace Virtuel, Sébastien Harvey s'est montré aussi courtois, en dépit des questionnements qu'a généré le projet de son invité. Il a accepté de laisser les oeuvres dans la salle et d'en barrer l'accès, tout en affirmant que le thème exploré par John Boyle-Singfield était on ne peut plus pertinent. Pas de persiflage. Pas de ressentiment exprimé en filigrane.

Les commentaires ont été si harmonieux, de part et d'autre, que certains ont cru à un «stunt» pour faire parler de l'exposition. On assure que ce n'est pas le cas, ce dont on peut se réjouir parce que les exemples de civilité sont si rares, dans notre société. Il serait dommage de voir brisée cette charmante illusion.

Un déficit inexpliqué

L'histoire d'horreur, celle à laquelle on ne veut pas croire, c'est la faillite spectaculaire de Maniganses. Ce festival qui venait de connaître une édition exemplaire, en matière de fréquentation, a pris un bain d'encre rouge à hauteur de 600 000$. Ce déficit est d'autant plus incompréhensible qu'en 2010, une stratégie de relance avait été mise en place avec la collaboration des organismes subventionnaires, de la ville de Saguenay et du député Sylvain Gaudreault.

Ce nouvel élan avait découlé d'un déficit de 125 000$ qu'on trouve bien modeste, aujourd'hui. Comment peut-on perdre le contrôle de ses finances une deuxième fois, si tôt après avoir vécu une sérieuse alerte? Le premier réflexe est de penser au spectacle extérieur, celui qui mettait en vedette un dragon. À voir la liste des créanciers, cependant, on réalise que les métastases s'étaient répandues dans tout l'organisme.

Avant d'envisager une nouvelle relance, il faudra faire la lumière sur ce désastre qui, injustement, porte ombrage à toute la communauté artistique. En attendant que les responsabilités soient départagées, on n'a d'autre choix que de blâmer l'ancien directeur général et le conseil d'administration. Par négligence ou par incurie, ils ont tué un événement-phare et fourni des arguments supplémentaires aux dinosaures pour qui la culture représente un puits sans fond.

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