Violence et culture

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C'est fou comme l'actualité se télescope, en certaines occasions. Aujourd'hui,... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Daniel Coté
Le Quotidien

C'est fou comme l'actualité se télescope, en certaines occasions. Aujourd'hui, par exemple, l'Amérique essaie de tirer les leçons de la tragédie de Newtown, dont on pressent qu'elle aura un impact plus profond que les massacres commis précédemment. On parle beaucoup des soins qui ne sont pas offerts aux personnes atteintes de maladie mentale, ainsi que des armes qui circulent trop librement.

La conversation publique se cristallise également sur l'impact de la culture populaire. Des gens qui ne sont pas des conservateurs, qui seraient même assez progressistes, s'interrogent sur la violence qui nourrit tant de films, d'émissions de télévision, de livres, de chansons et de jeux vidéo. Des idées commencent à poindre, qui ne sont pas toutes farfelues.

L'une d'elles consiste à imposer une cote plus sévère aux films projetés sur les écrans commerciaux. Chez nos voisins, en effet, on remarque un déséquilibre qui devient de plus en plus gênant. Le contenu de nature sexuelle n'a pas besoin d'être torride pour que soit imposée la cote R, pour Restricted. À l'opposé, vous pouvez montrer 20 assassinats sans perdre le droit d'accueillir des mineurs.

On reconnaît ici l'un des travers propres aux Américains, un grand peuple qui a de grands défauts. Les plus importants créateurs de pornographie sur la planète se donnent un semblant de morale en faisant de la nudité l'un des derniers tabous à la télévision. Un sein apparaît au Super Bowl et c'est le drame national. Dans le genre hypocrite, on ne fait pas mieux.

L'autre souhait que plusieurs émettent, c'est de voir la culture populaire s'éloigner du soleil noir que constitue la violence. On ne parle pas de censure, mais d'une responsabilisation des créateurs, ainsi que des entreprises qui commercialisent leurs concepts. Comment s'articulerait ce changement? C'est la question à 1000 $.

Un film peut être violent sans prêter flanc à la critique, l'exemple le plus évident étant Il faut sauver le soldat Ryan. On peut même parler d'un choix éthique de la part de Steven Spielberg, puisqu'on ne doit pas faire de la guerre une chose plus «cute» qu'elle ne l'est en réalité.

En revanche, combien de fois impose-t-on aux cinéphiles des scènes gratuites, des bagarres qui durent cinq minutes sans que personne ne perde connaissance, des massacres à répétition qui n'ajoutent rien à la trame dramatique, comme si le réalisateur était sur le pilote automatique? Pas besoin d'avoir vu tous les films de Sylvester Stallone pour savoir qu'il y a une marge de manoeuvre de ce côté.

D'aucuns s'insurgeront si, par miracle, on devait assister à un adoucissement de l'offre, à l'injection d'un minimum de décence. Ils diront qu'eux ne sont pas affectés par la violence des contenus et ce sera sans doute vrai, mais pourraient-ils en dire autant de tous leurs concitoyens?

Quand on réalise qu'aujourd'hui encore, des comédiens se font insulter par des quidams parce qu'ils incarnent un personnage détestable, on se dit que la race humaine n'a guère évolué depuis l'époque où Jean-Pierre Masson se faisait apostropher parce qu'il prêtait ses traits à Séraphin.

Violence légale?

L'autre événement qui soulève des questions à propos de la violence est le procès de Rémy Couture, accusé d'avoir produit, possédé et distribué du matériel obscène. On lui reproche également d'avoir corrompu les moeurs en diffusant, sur le site InnerDepravity, des images qui n'ont rien de familial.

Au moment où ces lignes ont été écrites, vendredi, le jury n'avait pas encore tranché dans cette affaire qui alimente la chronique à bon droit. Peut-on montrer des agressions sexuelles, des femmes torturées, un enfant battu à coups de bâton, en invoquant la protection conférée par une démarche artistique? Ce ne sont pas des choses auxquelles on répond par oui ou par non.

Quelle que soit la décision rendue par les 12 citoyens chargés de soupeser les enjeux, on devra poursuivre la discussion publique afin de tracer une limite qui ne soit pas uniquement légale. Ou pas de limite du tout, c'est selon. En attendant, on peut s'interroger sur les arguments apportés par la Défense au-delà de celui - légitime - de la liberté d'expression.

Prétendre que la démarche de Rémy Couture est justifiée parce que les Impressionnistes ont été contestés, eux aussi, c'est établir un drôle de parallèle. Il est vrai que ces peintres ont choqué, bousculé les idées reçues, mais c'était pour des motifs artistiques, parce qu'ils refusaient de reproduire la réalité observable.

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