Un bon concept

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Daniel Côté
Le Quotidien

Tout ce qui vient des États-Unis et de l'internet n'est pas synonyme de décadence.

Prenez le phénomène des cash mobs, né à Buffalo en 2011. C'est un ingénieur de systèmes, Chris Smith, qui a imaginé ce concept afin d'encourager le commerce local. Comme le rapporte le magazine Time dans sa livraison du 5 novembre, cet homme cherchait un moyen de rameuter des clients potentiels à peu de frais. Il s'est donc tourné vers Facebook et Twitter.

La première étape de sa stratégie consiste à identifier un point de rencontre, ce qui peut se faire quelques jours à l'avance. Les gens qui s'y présentent sont alors informés du lieu où ils convergeront pour dépenser un montant minimal fixé par l'organisateur, quelque chose comme 10$ ou 20$.

La philosophie cash mob épouse des contours flous, comme tant de choses qui se déploient sur la Toile. Néanmoins, on note une propension à favoriser les commerces appartenant à des gens de la place et qui offrent des produits pas trop dispendieux. Une autre règle consiste à vendre au prix régulier. Ainsi, on évite que les nouveaux convertis deviennent accros aux rabais.

Tout en favorisant l'esprit communautaire et une vision conviviale du magasinage, les cash mobs génèrent des retombées qui vont au-delà des trois ou quatre heures pendant lesquelles le tiroir-caisse ne dérougit pas. Ceux qui ont apprécié leur visite tendent à revenir par eux-mêmes et à se transformer en propagandistes.

C'est d'autant plus apprécié que les commerces ciblés disposent de moyens limités pour faire leur publicité. Dans l'article de Time, par exemple, il est question d'une boutique spécialisée dans les importations provenant d'Amérique latine, d'un marché aux puces et d'un petit négociant en vins.

On mentionne que dans certains cas, les médias ont été informés de la visite des consommateurs, ce qui a maximisé l'impact de ces manifestations. Il est aussi question de l'expansion rapide du phénomène, qui a gagné quelques pays d'Europe. Même le Canada a été «contaminé», comme l'a rapporté la revue Protégez-vous.

La vague est partie de la côte ouest pour gagner des villes comme Calgary et Regina, où des groupes ont été constitués. De son côté, le Québec reste sur son quant-à-soi, hormis quelques initiatives prises cet automne. L'une d'elles, articulée par des étudiants du Cégep Marie-Victorin, avait pour fin d'appuyer des boutiques de mode de la Métropole.

La formule ayant fait ses preuves, il serait bien de la voir apparaître dans notre région. Ce ne sont pas les commerces qui manquent, en effet, en particulier ceux qui accusent un déficit de notoriété. Plusieurs subissent la concurrence des grandes surfaces, qui disposent de moyens disproportionnés pour attirer les consommateurs.

Ceux qui oeuvrent sur la scène culturelle, entre autres, auraient grand besoin de cet outil. Vendre des disques, des livres, n'a rien d'une sinécure en cette époque du tout électronique. Pour une fois, internet serait mobilisé en leur faveur, au lieu de leur tirer dans les jambes.

À l'approche des Fêtes, on pourrait aussi privilégier les boutiques où nos artisans sont présents. Ce serait précieux, un mois après la fin du Salon des métiers d'art. Combien de gens ignorent que la broche décorative qui leur arrachera un sourire se trouve à trois rues de chez eux?

L'important est de préserver l'authenticité de la chose, puisque les cash mobs doivent être indépendants des commerces et des promoteurs de tous ordres. Il y aura aussi un travail d'éducation à faire, le temps que la population apprivoise ce concept qui, pour une fois, donne du capitalisme une image moins darwiniste.

Retour sur Fatima

Pour conclure cette chronique, revenons sur le propos de lundi dernier, qui portait sur le sort de l'église Notre-Dame-de-Fatima. Depuis, on a appris que le conseil municipal de Saguenay a ouvert la voie au projet de démolition que caresse le propriétaire de ce bâtiment patrimonial.

L'auteur de ces lignes a parlé à plusieurs lecteurs qui demeurent blessés par la décision de la Fabrique Notre-Dame-de-la-Paix de sacrifier ce lieu de culte, ainsi que l'église Saint-Laurent, au profit de l'église Sainte-Marie. Huit ans plus tard, la blessure reste vive, y compris chez certains membres du clergé, qui croient que l'évêché a dormi au gaz.

Le jour où la silhouette de Fatima disparaîtra du paysage, ils seront plusieurs à trouver que Jonquière a perdu un bout de son âme.

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