Les leçons de Fatima

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Daniel Côté
Le Quotidien

L'impossible image. Tel est le titre du commentaire de l'abbé Yves Guillemette qui avait été diffusé le 7 novembre 2004, dans le feuillet paroissial de la communauté chrétienne de Notre-Dame-de-la-Paix. Le texte référait à l'au-delà, mais plusieurs des personnes qui avaient assisté, ce jour-là, aux messes de désacralisation des églises Saint-Laurent et Notre-Dame-de-Fatima, ont pu lui donner un sens différent.

Huit ans plus tard, on mesure l'ampleur du gâchis provoqué par la fermeture de ces bâtiments que chérissaient des milliers de Jonquiérois. Des vandales ont détruit l'orgue de Saint-Laurent, qui était l'un des mieux pourvus de la région, tandis que Fatima part en lambeaux, faute de chauffage et d'entretien. Bientôt, sans doute, son élégante silhouette, dont le caractère audacieux fut vanté par le magazine Time, ne sera plus qu'un souvenir. Une impossible image.

Au-delà des dernières péripéties, des sparages d'un promoteur qui, au fond, n'a d'yeux que pour le terrain, il y a lieu de s'interroger sur notre façon de gérer le patrimoine religieux. Sommes-nous condamnés à revivre le même genre d'expérience sans apprendre de nos erreurs, ou pourrions-nous travailler différemment? Pour répondre à cette question autrement que par une moue désabusée, il faudra que quelques acteurs commencent à se parler.

D'abord, il importe que le diocèse de Chicoutimi reconnaisse qu'une église n'appartient pas uniquement aux gens qui la fréquentent. Il s'agit d'un bien collectif, construit à même les sacrifices consentis par les pionniers de la paroisse. Que leurs enfants et petits-enfants ne pratiquent plus ne change rien à l'affaire. Il fait partie de leur héritage, au même titre que le citoyen français se sent un peu propriétaire du Louvre, même s'il n'y a jamais mis les pieds.

Pour montrer à quel point le statu quo est absurde, rappelons qu'à Notre-Dame-de-la-Paix, il a suffi qu'un curé à l'ancienne mode, plus prompt à exclure qu'à rassembler, décide de regrouper les activités à l'église Sainte-Marie pour que Saint-Laurent et Fatima soient condamnés. Des votes ont été pris, mais même à l'évêché, on a admis que tous les moyens n'avaient pas été pris pour informer l'ensemble de la communauté.

On connaît la suite. Malgré les protestations de nombreux Jonquiérois, malgré l'illogisme que constituait la survie de Sainte-Marie, un bâtiment «drabe», mais qui possédait un potentiel élevé de reconversion, on a laissé commettre une erreur historique. Or, aujourd'hui encore, l'évêché s'en remet aux fabriques pour déterminer quelle église doit rester ouverte au culte. En suivant la même logique, des gens aussi déterminés que l'ancien curé pourraient causer autant de ravages que lui, fermer impunément Saint-Dominique ou Saint-Joseph d'Alma. Les mêmes causes produisent les mêmes effets, c'est connu.

Contrer le fatalisme

Ce qu'il faudrait pour sortir du fatalisme ambiant, c'est que l'évêché reconnaisse qu'il a le devoir de préserver les bâtiments les plus significatifs, au lieu de se contenter du rôle de «rubber stamp». Ceci entraînerait la confection d'une liste d'intouchables et c'est là que le gouvernement provincial entrerait en scène. Lui aussi devrait participer à l'exercice d'évaluation afin d'établir quelle église peut être démolie et quelle église mérite de rester debout, quitte à donner un coup de pouce à la fabrique.

Certains diront que les taxes ne doivent pas servir au maintien d'un bâtiment religieux, mais il s'agit d'un faux argument. Quand le Centre de conservation du Québec restaure la chapelle des Ursulines, à Québec, ou le chapelet extérieur de l'Ermitage de Lac-Bouchette, les fonds publics sont investis dans des institutions qui ne sont pas moins catholiques que le Vatican.

À une époque où on protège les paysages et les oiseaux rares, le moment est venu, pour Québec, de mieux préserver les édifices religieux. Il est trop facile d'abandonner une église, puis de la laisser se dégrader comme ce fut le cas à Fatima, afin de placer les gens devant le fait accompli. Si une loi obligeait les fabriques à chauffer un bâtiment patrimonial, elles y penseraient à deux fois avant de mettre la clé sur la porte.

Les villes, enfin, devraient participer à l'exercice de réflexion aux côtés des autorités religieuses et du gouvernement provincial. Elles aussi ont intérêt à conserver les églises qui sortent du lot, ne serait-ce que pour donner quelque chose à voir aux touristes.

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