Pas d'égards pour les classiques d'Edgar

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Pauvre Edgar Fruitier. Même si tout le monde l'aime, même s'il demeure l'un des... (Archives La Presse)

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Archives La Presse

Daniel Côté
Le Quotidien

Pauvre Edgar Fruitier. Même si tout le monde l'aime, même s'il demeure l'un des plus ardents promoteurs de la musique classique au Québec, Radio-Canada lui a fait un coup de Jarnac, cet automne, en diffusant son émission hebdomadaire, La collection d'Edgar, le dimanche à 21 h.

Au lieu de l'entendre le samedi avant-midi, comme plusieurs en avaient pris l'habitude, c'est pendant l'une des pires périodes de la semaine, un cimetière pour animateurs, que les mélomanes ont rendez-vous avec cet excellent vulgarisateur. Ceux qui ne sont pas couchés écoutent la télévision, à cette heure-là. Même un ermite sait ça.

Pour ajouter l'injure à l'insulte, la direction d'Espace Musique, le nom pompeux que porte la deuxième chaîne radiophonique, ne rediffuse pas l'émission d'Edgar Fruitier. Elle trouve pourtant le moyen de présenter deux fois le bébé de Rémy Girard, Tout un cinéma, au cours de la fin de semaine. Le samedi à 11 h, puis le dimanche à 17 h.

L'ex-Jonquiérois occupe la moitié de la case horaire jadis réservée à son camarade, l'autre étant dévolue à Catherine Pépin. Celle-ci anime Le temps d'une chanson, une production lancée au cours de l'été. Comme le titre le suggère, c'est la chanson qui est mise en valeur, tandis que Rémy Girard s'intéresse aux musiques de films.

Edgar Fruitier ayant plus de classe que ses patrons, il n'a pas exprimé son désarroi à la suite de son transfert. Il continue d'animer à sa manière, avec ce joli mélange d'humour et d'érudition qui donne le goût d'explorer le monde de la musique classique, même lorsqu'on n'en maîtrise pas tous les codes.

C'est ce qu'il a toujours fait, que ce soit à Télé-Québec, sur scène avec la pièce Edgar et ses fantômes, ou à la radio d'État, depuis des décennies. Rappelons qu'il y a quelques années, il participait à une autre émission qui a fait les beaux jours de la deuxième chaîne, le samedi avant-midi. On y critiquait les albums classiques récemment mis en marché.

En le condamnant à la marginalité, ses patrons ont fait coup double. Ils ont tassé un animateur qui avait le défaut d'exister avant leur nomination et poursuivi le repositionnement de la deuxième chaîne, où la musique classique ne représente qu'un créneau parmi d'autres.

Cette démarche de longue haleine a épousé plusieurs facettes. On a réduit le nombre de concerts enregistrés pour la radio, une perte justifiée par les coupures de budget, qui ont le dos large. On a aussi limité la part que tenait la musique classique dans l'émission du matin, en semaine, afin d'intégrer une flopée de chansons.

Cette manie du tout-à-la-chanson est devenue si obsessionnelle qu'on fait fi des dédoublements avec la première chaîne, qui en diffuse elle aussi. C'était encore plus fou l'été dernier, surtout en région, où l'émission du samedi avant-midi opérait en mode économie. Moins d'invités et plus de chansons au moment même où Espace Musique diffusait... Le temps d'une chanson.

Même le jazz jouit d'une plus grande visibilité que la musique classique, du lundi au vendredi. Stanley Péan en propose pendant 2h30, soit 30 minutes de plus que Le printemps des musiciens et Soirées classiques, des émissions qui ne sont offertes que du lundi au jeudi.

C'est d'autant plus étrange que la direction a déjà invoqué les cotes d'écoute pour justifier ses choix. Que les concerts classiques attirent davantage que les spectacles de jazz, y compris dans le Québec profond, n'a aucune importance. L'idée, c'est de pratiquer le snobisme à l'envers en ratatinant l'un des fleurons historiques de la deuxième chaîne.

Une malheureuse noisrevni

Dimanche dernier, l'auteur de ces lignes a inversé le sens d'une expression populaire, dans un article consacré au nouveau lieu de diffusion baptisé Le Monastère. Il a écrit que les responsables de ce projet taillaient du vieux dans du neuf, puisqu'ils conféraient une nouvelle vocation au sous-sol de l'ancienne église Saint-Joachim de Chicoutimi.

C'est l'inverse, bien sûr, qu'on aurait dû lire.

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