En contrôle, ils mettent en jeu la rondelle de leur choix. Les journalistes la relaient sur l'adversaire, qui réplique en se commettant le moins possible.
Accommodements
Les accommodements (dé) raisonnables se sont fugacement invités dans la campagne avec l'esclandre provoqué par les propos désobligeants de Jean Tremblay sur une candidate péquiste. Pauline Marois voulait à peine effleurer le sujet en promettant une charte de la laïcité bien vague. Elle s'est avancée sans péril sur le crucifix que Charest et Legault veulent garder aussi.
Mais le kirpan, le turban, le voile, les congés fériés supplémentaires exigés par des musulmans ou des juifs pour leurs fêtes, tout cela reste dans la filière «on verra», commune aux trois partis majeurs. Certains rites dans des garderies, les lieux de prière cédés à certaines confessions dans les universités, et le halal, que nous payons et mangeons tous à notre insu, itou. Les deux autres partis ont eux aussi laissé la rondelle mourir dans les estrades.
Le prix de l'essence est aussi un sujet non grata pour les politiciens. Tellement que les pétrolières ne se gardent même plus une petite gêne. Elles ont augmenté de 12 cents le litre en pleine campagne électorale. Le prix du brut baisse, mais toutes les stations-service haussent leur tarif en même temps, une région après l'autre, au dixième de cent près.
La Capitale paie plus cher que partout ailleurs, malgré des frais de transport moindres. Nous subodorons de la collusion; «parallélisme économique», soutient la très mollasse Régie de l'énergie. Nulle réaction des politiciens en campagne.
Aucun ne promet même un semblant d'enquête sur cette suspecte unanimité. Encore moins un prix plafond pour protéger les consommateurs. Le défunt Claude Béchard voulait obliger les pétrolières à expliquer chaque hausse. Sa proposition est morte avec lui. Le problème moisit sous le tapis électoral.
On évite aussi de questionner le prix prohibitif de l'eau embouteillée puisée à des sources pures gratuites. Proche, non traitée et non taxée, on nous la rançonne pourtant dix fois plus cher que l'essence.
Les retraites
On fonce dans un mur le pied au plancher. Les caisses de retraite publiques et privées se vident au profit des boomers qui vivent longtemps et retraitent trop tôt. Les entreprises s'automatisent et ont besoin de moins de personnel, de toute façon en pénurie. Ceux qui restent n'arrivent pas à renflouer la caisse.
Il faut changer les règles. Forcer les citoyens à économiser pour leurs vieux jours? Empêcher que l'on touche sa retraite et travaille en même temps? Permettre que l'on prenne sa retraite deux jours par semaine pour retenir au boulot ceux qui veulent lever le pied? Augmenter les impôts?
Les solutions seront douloureuses, quel que soit le prochain gouvernement. Et pourtant les partis traversent la campagne électorale, dispensant de séduisantes promesses, comme s'ils géraient une inépuisable caverne d'Ali-Baba. La «tête dans l'autruche», comme disait Gérard Deltell!
Le droit de choisir sa mort, les dons d'organes qu'il faudrait peut-être rendre automatiques par défaut, les malades mentaux jetés dans la rue au péril de tous, les frais bancaires abusifs, les taux usuraires des cartes de crédit, les tarifs cellulaires délirants, la drogue qui s'infiltre dès le primaire dans les écoles, autant de sujets que les campagnes électorales éludent et qui viendront nous hanter.
Sommes-nous assez mûrs, raisonnables et responsables pour quitter le climat de douce euphorie électorale, et parler des épines et non des roses? Les politiciens pensent que non.
Ont-ils tort?