La prime du Midwest

Jean Charest, qui se réjouit d'entretenir des affinités... (Le Soleil, Andréanne Lemire)

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Jean Charest, qui se réjouit d'entretenir des affinités avec le Saguenay-Lac-Saint-Jean, a mentionné avec fierté et non sans raisons deux grandes réalisations accomplies durant le dernier mandat de son gouvernement: l'élargissement à quatre voies divisées de la route 175 et l'amorce d'une faculté de médecine à l'Université du Québec à Chicoutimi.

Le Soleil, Andréanne Lemire

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Le premier ministre est venu à La Pulperie, deux jours avant le lancement officiel de la campagne électorale, présenter ses candidats et exposer son bilan. Jean Charest, qui se réjouit d'entretenir des affinités avec le SaguenayLac-Saint-Jean, a mentionné avec fierté et non sans raison deux grandes réalisations accomplies durant le dernier mandat de son gouvernement : l'élargissement à quatre voies divisées de la route 175 et l'amorce d'une faculté de médecine à l'Université du Québec à Chicoutimi.

André Harvey

Rendons cependant à César ce qui appartient à César et reconnaissons que l'ancien représentant conservateur André Harvey, recruté plus tard par les libéraux de Paul Martin, fut le premier député à impliquer son gouvernement dans le gigantesque chantier de l'autoroute 175. Et ajoutons que c'est le chef du gouvernement québécois de l'époque, le péquiste Bernard Landry, qui, le 22 août 2002 au Montagnais, a inscrit sa signature près de celle de Jean Chrétien au bas du pacte Ottawa-Québec sur le financement du projet. L'entente fut ratifiée deux ans plus tard, plus précisément le vendredi 7 mai 2004, à l'hôtel de ville de Saguenay, par les premiers ministres Paul Martin et Jean Charest.

Dans son discours prononcé au magnifique monument industriel de J.-E.-A. Dubuc, notre chef d'État en quête d'un quatrième mandat a stimulé l'optimisme des Bleuets en accordant au SaguenayLac- Saint-Jean l'avantage d'être, avec l'Abitibi et la Côte-Nord, la région la plus directement reliée au Plan Nord. Il a brandi également comme un

autre de nos ajouts économiques majeurs la décision de Rio Tinto Alcan d'installer à l'aluminerie d'Arvida son Centre technologique AP60.

Novelis

Mais il a gardé le silence sur la vente de la technologie de Novelis à une entreprise américaine et le démantèlement de l'usine qui employait 160 techniciens professionnels. Un dur coup aux efforts de transformation de l'aluminium que la région poursuit avec succès depuis près d'un quart de siècle avec la collaboration de la grande industrie. Pas un mot non plus sur la réduction progressive des avantages fiscaux consentis à la Vallée de l'aluminium.

Le professeur Marc-Urbain Proulx attribue essentiellement à la prime du Midwest la perte de Novelis et de l'usine de pare-chocs ainsi que la vente de l'usine Saguenay à des intérêts américains. Et il craint fort que cette mesure protectionniste imaginée par le London Metal Exchange (LME) vise à ramener les régions productrices d'aluminium comme la nôtre, situées loin des grandes concentrations industrielles, à leur rôle traditionnel de pourvoyeuses de matières premières.

Or, on le sait, la technologie, mère de la robotisation, remplace de plus en plus l'être humain dans la grande industrie. Notre région s'est donc résolument tournée vers la recherche pour assurer son avenir dans la production de biens et services à valeur ajoutée. Seulement dans le secteur de l'aluminium, le résultat est impressionnant : plus de 2000 emplois convenablement rémunérés.

Mais si les sorcières du grand capital qui logent dans les places boursières veulent détruire ce mouvement comme le fait le LME en enlevant à nos PME les avantages de proximité, l'autorité politique doit réagir vigoureusement. Pour être plus clair, précisons que quand Alcan a détaché Novelis de son giron, l'entreprise a perdu les 200 $ la tonne qu'elle économisait en utilisant le métal de la multinationale, sa mère biologique. Comme si, soudainement, par la magie des spéculateurs de la Bourse de Londres, elle s'était retrouvée à des milliers de kilomètres des alumineries régionales.

Le député Sylvain Gaudreault reproche au gouvernement Charest d'avoir une fois de plus « laissé tomber les travailleurs de la région » en subissant silencieusement cette délocalisation. Mais il semble ignorer l'effet mortel de la prime du Midwest. Tout comme son collègue Alexandre Cloutier, du Lac-Saint-Jean, il impute tous nos malheurs industriels au méchant gouvernement Charest sans indiquer comment les péquistes déjoueront les tricheurs de l'économie, ces protectionnistes hypocrites qui griffent nos PME avec le sourire.

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