Condamnés à choisir

«Les ministres distributeurs de manne, ces dernières semaines,... (Photo Gimmy Desbiens)

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«Les ministres distributeurs de manne, ces dernières semaines, ont été transportés, nourris, logés à nos frais, pour des annonces partisanes, une campagne électorale clandestine nourrie de fonds publics.»

Photo Gimmy Desbiens

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

La comédie a commencé depuis deux mois. Le secret de Polichinelle d'élections début septembre éventé, Jean Charest et ses députés continuaient à jouer du mystère, pour soutirer un maximum d'avantages du système. Investir dans des pubs sans que cela compte dans les dépenses électorales, lancer des publicités gouvernementales vantardes à même les fonds publics, promener les candidats-députés aux frais de la princesse. En détenant le contrôle du calendrier, ils forcent les autres partis à dépenser beaucoup pour les contrer, sans compter les réservations de locaux, de l'autobus de campagne en saison touristique. La CAQ a fait peindre le sien au printemps, de peur de se faire avoir. Le « taponnage » de l'agenda électoral permet au détenteur du pouvoir d'appauvrir ses adversaires et de bénéficier de l'argent public le plus longtemps possible. Il réserve ses salles, son imprimeur, son photographe, son arsenal en toute connaissance de cause, pendant que ses rivaux hésitants démarrent après lui. Ces mesquineries politiques rituelles m'insultent comme électrice. Nous croit-on vraiment si naïfs que ces manoeuvres déloyales les favoriseront ?

La manne

Les ministres distributeurs de manne, ces dernières semaines, ont été transportés, nourris, logés à nos frais, pour des annonces partisanes, une campagne électorale clandestine nourrie de fonds publics. Nul besoin d'un ministre pour la « Xe » première pelletée de terre de la prison de Roberval ; il y a quatre ans que ce projet annoncé mijote. On en parlera au moins trois élections. À la prochaine, on l'inaugurera.

Nul besoin d'un pingouin en limousine pour donner une subvention. Les facteurs livrent très bien les chèques ! Le centre multiservice de Shipshaw ne cadrait dans aucun programme provincial depuis trois ans. Le ministre Simard ânonnait qu'il « travaillait fort » pour le faire passer. Aucun programme annoncé, et abracadabra! L'argent apparaît! Pour qui nous prennent- ils? Comme si on ignorait que ce projet dans le comté du ministre fut simplement retardé pour servir de munition électorale! À Québec, région politiquement volatile, il a plu des subventions tout l'été : une troisième salle de spectacles au carré d'Youville, la rénovation des anciennes casernes, sans compter le futur Colisée

On connaît déjà la suite. Si Jean Charest est battu, son successeur jouera les horrifiés en découvrant l'état des finances publiques, et reviendra sur ses promesses. Durant quatre ans, tout sera la faute du précédent.

Les poteaux

On prend les électeurs pour des demeurés en leur infligeant les photos des candidats sur tous les poteaux de la ville. Dès mercredi, les rues étaient placardées. Pour qui nous prennent-ils ? Pour des têtes de linottes à la mémoire si courte que 50 mètres nous suffisent pour oublier un nom ? Pour des influençables qui optent pour celui dont nous voyons le visage le plus souvent ? Pour des superficiels qui votent sur la bonne bouille d'un gars qui pose en bras de chemise pour donner l'illusion du dur labeur ? Dans bien des circonscriptions, dont Westmount et Lac-Saint-Jean, les jeux sont faits. Les véritables luttes à trois n'existent que dans une poignée de comtés. Mais ils vont tous prétendre qu'ils ont des chances, qu'ils sentent le public de leur bord, que les miracles existent. Ils vont brandir l'étonnante vague orange du fédéral, dénigrer ou faire mine d'ignorer les sondages qu'ils paient et guettent pourtant, jurer que leur pointage les donne gagnants. Pour qui nous prennent-ils ?

Pour des gens qui se débarrasseront de leur vote le 4 septembre, puis regretteront leur choix et encaisseront impuissants durant quatre ans des déceptions. Pour des contribuables-citrons qui paieront toujours plus. Pour des électeurs sans mémoire et sans issue, en quête d'un messie politique qui ne peut pas éclore dans ce système sclérosé où la ligne de parti impose le silence. Ils nous savent condamnés à choisir le moins pire.

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