L'équipe moribonde de 1999 est devenue, après 12 ans d'évolution fantastique sous le règne de Guy Carbonneau et de ses partenaires, la perle convoitée. Le quatuor formé de Pierre-Marc Bouchard, Laval Ménard, Martin Lavoie et Alain Deschênes remporte l'encan. Il avait fait l'offre la plus généreuse, 352 692,72$, loin devant les quatre autres soumissionnaires.
Les sauveurs
Saguenay doit donc manifester sa reconnaissance aux anciens dirigeants qui ont redonné à l'équipe une valeur inespérée. Ils ont manifesté un sens des affaires et du marketing remarquables. Les sous qu'ils ont engrangés étaient fort bien mérités. Certes, on avait anticipé de plus grands succès sur la glace, mais la côte était extrêmement difficile à remonter après le désastreux échange avec le Titan effectué le 28 décembre 1998.
L'avènement de Richard Martel derrière le banc, en décembre 2003, raviva heureusement l'enthousiasme des partisans. Les Bleus se retrouvèrent à trois occasions dans le carré d'as, mais il manquait toujours l'étincelle des grandes conquêtes. Au printemps dernier toutefois, le directeur-général Marc Fortier, à la suite d'une transaction lumineuse conclue avec Gatineau, a fourni à l'entraîneur-chef Marc-Étienne Hubert les éléments d'une équipe championne. Les nouveaux venus ont surtout inspiré aux Bleus le sens de la victoire. Si bien que les Saguenéens ont accompli un exploit qui demeurera gravé dans l'histoire du hockey junior canadien en éliminant, en quart de finale, les Cataractes de Shawinigan qui devaient par la suite, en qualité d'équipe hôte, remporter la coupe Memorial.
Retour des idoles
Le centre Georges-Vézina a vibré durant ces mémorables affrontements du printemps dernier comme aux glorieuses époques des Félix Potvin, Marc Denis, Guy Carbonneau et Pierre-Marc Bouchard, quatre anciennes vedettes revenues offrir à nouveau leurs services. C'est le cadet, joueur-étoile du Wild du Minnesota depuis une décennie, qui a ébloui davantage le maire Jean Tremblay et ses conseillers avec la garantie de redevances annuelles qui atteindront le demi-million$ lorsque la comptabilité municipale aurait ajouté les autres obligations inscrites au contrat.
La barre est très élevée. Tout comme nos Marquis professionnels que la ville subventionne d'ailleurs à la hauteur de 100 000$ par saison, la formation junior majeur régionale n'a jamais nagé dans l'abondance avant l'ère Carbonneau. Vouloir en faire une vache à lait du trésor public municipal m'apparaît donc périlleux. L'implication de Guy Carbonneau et de Marc Denis, deux communicateurs adulés par les médias nationaux, a rehaussé la valeur des Saguenéens. Elle a provoqué une visibilité exceptionnelle que la rivalité avec les Remparts de Patrick Roy accroit constamment. Il suffit de se rappeler les images de l'assaut du Samedi Saint 2008 commis par Jonathan Roy sur Bobby Nadeau pour s'en convaincre. Elles ont fait le tour du monde durant plusieurs semaines.
Mais le succès financier est friable dans le hockey junior majeur, car il n'a pas la permanence qu'assurent au sport majeur les loges corporatives permanentes et les droits de télévision. Les insuccès sur la patinoire font rapidement chuter les assistances. Les Saguenéens ont évité le naufrage à trois reprises au cours de leur histoire. La meilleure sécurité provient toujours de gens d'affaires fortunés attirés davantage par la fierté de leur communauté que par l'appât du gain.
Motivés par l'expérience du partenaire le plus connu, Laval Ménard, ancien directeur du marketing des Saguenéens, les nouveaux gestionnaires sont des passionnés du hockey. Entrepreneurs florissants, ils sont convaincus de pouvoir relever le défi.
Nous leur souhaitons le succès. Ils héritent d'une organisation en santé. L'équipe comprend encore un excellent noyau de joueurs talentueux malgré le départ de quelques vétérans. Mais seule la qualité du spectacle enrichie de victoires répétées pourra rentabiliser l'opération en réjouissant le coeur des partisans.