Après avoir trouvé dans l'actualité le prétexte à un bref échange, Lavoie vérifie son flair en s'informant simplement du lieu d'origine. Immanquablement, il reçoit la réponse attendue : s'il ne vient pas du Lac-Saint-Jean, son interlocuteur demeurait à Chicoutimi ou à Jonquière et le père travaillait à l'Alcan. La conversation devient subitement plus animée et les deux inconnus se quittent après quelques minutes comme de vieux amis.
Conférencier recherché
Devenu « motivologue », le Métallo en congé sans solde de l'aluminerie almatoise en rencontre partout des Bleuets. D'abord dans ses tournées pour le Grand Défi annuel du 1000 kilomètres à vélo de La Baie jusqu'au Stade olympique après avoir bifurqué vers Québec et poursuivi des tracés en région aux caractéristiques bien particulières. Mais aussi chez les entreprises et les organisations diverses qui sollicitent sa participation à différents événements. C'est d'ailleurs en répondant à ces invitations qu'il retire l'essentiel de ses revenus. L'Ironman est un conférencier recherché. Et ses entretiens sont aussi riches qu'un cours universitaire donné par un éminent pédagogue.
« Quand une PME m'invite à rencontrer ses employés pour les motiver, me racontait-il dans une longue entrevue dont le résumé paraît dans la dernière édition du magazine AL13, je m'aperçois que deux ou trois de leurs hauts dirigeants viennent du SaguenayLac-Saint-Jean. »
Les noms de Jacynthe Côté et de Richard Garneau, les grands patrons de Rio Tinto Alcan et de Résolu, surgissent spontanément à l'esprit. Mais la mémoire nous en suggère rapidement une longue liste qui comprend notamment Charles Sirois, le banquier, le maire Régis Labeaume, Serge Godin, le cofondateur de CGI, Alain Bouchard, propriétaire du réseau Couche-Tard, et évidemment l'ancien premier ministre Lucien Bouchard.
Chez nous, contrairement à la perception projetée dans les cercles de pouvoir de la métropole et de Québec, l'esprit entrepreneurial demeure bien vivant. Outre les deux Bouchard, Pierre, STAS, ainsi qu'André, de Bétons préfabriqués du Lac, et l'incontournable Félix Gauthier, de Devinci, la liste des fondateurs ou dirigeants de PME innovatrices et dynamiques est longue et de nouveaux noms s'y ajoutent constamment malgré les obstacles multiples.
Tout comme les Beaucerons, soutient Pierre Lavoie, les Bleuets ont hérité d'une puissante disposition à l'initiative d'ancêtres venus de Charlevoix s'établir dans un territoire bourré de richesses naturelles détenues par des intérêts étrangers et fermé à la colonisation. Ils ont trimé dur. L'entraide et la persévérance ont permis à une minorité d'environ 25 % de s'établir. C'est elle la Fabuleuse histoire d'un Royaume écrite par le regretté Ghislain Bouchard et que la troupe de Louis Wauthier revivra pour une 25e année, en juillet et août prochains, sur la scène du Théâtre du Palais municipal de La Baie.
Le mystérieux carcan...
Les familles qui s'enracineront après 1838, raconte Pierre Lavoie « sont les plus baveuses, les plus tenaces. Il se trouve dans chacune d'elles des gens fonceurs, des entrepreneurs d'une détermination à toute épreuve. Chaque jour, ils affrontent de nouvelles difficultés qu'ils parviennent toujours à surmonter ». Ce caractère particulier, il est visible partout. « Génétiquement, le Bleuet se démarque », mais il ne déploie plus chez lui ses qualités exceptionnelles, déplore Pierre Lavoie. Il se cantonne plutôt dans une zone de confort depuis l'établissement de la grande entreprise. Quand l'instabilité surgit comme depuis la mutation industrielle et la mondialisation des marchés, le Bleuet quitte sa région pour retrouver ailleurs le terrain propice à la mise en valeur profitable des qualités dominantes inscrites dans ses gènes. Pourquoi ? « Un carcan l'empêche de s'exprimer... ici ». Il retrouve la parole et ses moyens dès qu'il franchit le Parc des Laurentides.