Stéphane!
Le véritable exploit, le collègue Stéphane Bégin l'incarne à lui tout seul. Convaincre chacun d'entre nous qu'on peut devenir des athlètes, prendre le contrôle de notre corps, de notre santé. Chaque équipe est encouragée à inclure un néophyte, un sédentaire, un qui n'est pas en forme, un qui ne croit pas y arriver, un qui s'est négligé.
Stéphane faisait de l'embonpoint, a un pacemaker «barré», et bouffait des cochonneries à la pelle. Embarqué par un «t'es pas game!» en février, il vous raconte depuis, dans Le Quotidien, sa lente rédemption, cousue de rencontres, d'encouragements, de petites baisses, d'incidents amusants. À mesure que je le lis, je me dis que s'il y arrive, j'y arriverais aussi. J'accélère mes balades à vélo; je vise 2500 kilomètres cet été, et veux suivre jusqu'en juin 2013 l'entraînement du Grand Défi affiché sur le site. Je suis contaminée. Merci, Stéphane.
Il a bien du mérite et du culot. Un pacemaker «barré» empêche le coeur d'augmenter trop ses pulsations. Or, sous l'effort, on a besoin que le coeur accélère, pour oxygéner le sang qui nettoie les muscles. Sinon, on a les jambes plombées. Stéphane pourrait brandir cette excuse-là pour se désister; mais non, il tient bon, et son équipe le soutient, y croit!
Chaîne humaine
Les encadreurs, les anges gardiens du Défi, l'auront à l'oeil. Ces copains de Pierre, cyclistes ou triathlètes discrets et efficaces, veillent sur le peloton, encouragent les retardataires en bergers bienveillants. Tous les bénévoles font partie de cette garde rapprochée qui s'est soudée comme une chaîne humaine autour de lui et de sa femme Lyne à l'époque de ses tours du Lac, quand il luttait pour sauver ses enfants de l'acidose lactique qui les a emportés.
Pierre incarne la preuve qu'on peut changer le monde de son vivant. En recrutant et stimulant des chercheurs, en mobilisant la région, il a réussi à faire mettre au point des tests de dépistage gratuits pour tous. Et à avoir un deuxième enfant en santé.
Et il a transformé cette victoire douloureuse en un combat plus vaste: mettre le Québec en mouvement. Comme une rivière tranquille et implacable, il nous emporte dans le courant, un par un. Il convainc, raconte, intarissable. Il lit les études, vulgarise superbement. Il croit qu'on peut sauver le système public de santé en le sollicitant moins, parce qu'on serait plus en forme.
Il instaure l'an prochain une «boucle» qui rend le Grand Défi accessible à tous: 4000 cyclistes sur 150 kilomètres! Déçu de refuser des participants, mais avec une taille de peloton limitée par la sécurité, il invente cet ajout fou pour tous les «ambassadeurs de saines habitudes».
En passant, sans tambour ni trompette, Pierre Lavoie a participé, il y 15 jours, au demi-Ironman du New Hampshire. Premier dans sa catégorie, 18e au total sur 1100 coureurs. Il ne s'en est pas vanté, n'a pas envoyé de communiqué. Il donne ses médailles aux enfants.
Parfois je crains que ce tranquille héros moderne trébuche un jour. Et s'il nous décevait, s'il faisait une grosse gaffe, s'il se laissait séduire par le fric, la gloriole? Si...
Non, il est trop solide, trop ancré dans de vraies valeurs après les drames traversés.
Go, Pierre, Go! Go, Stéphane, Go!