L'opinion exprimée par Jacques Villeneuve sur la crise étudiante qui s'éternise a provoqué une explosion de critiques et même des menaces de mort de la part des gauchistes les plus radicaux. Celui qui remporta le championnat de la Formule 1 en 1997 faisait pourtant appel à la raison, tout simplement. Comme la majorité des Québécois, il s'inquiète des conséquences sociales et économiques d'un tel acharnement.
L'enfant de Monaco
Cette réaction s'explique aisément. Jusqu'à maintenant, artistes et autres personnages adulés par l'ensemble de la population ont appuyé sans réserve la révolte des associations étudiantes soutenue par les chefs des grandes centrales syndicales et une majorité de professeurs et philosophes. Jamais un message de la gauche québécoise n'aura mérité, quotidiennement et aussi longtemps, une audience mondiale. Le leçon servie par l'enfant adulé de Gilles Villeneuve est une note discordante qui rend l'extrême gauche hystérique.
L'intervention policière comme toutes les autres dépenses engendrées par ce conflit s'ajoutera au déficit annuel et à la dette publique qui s'alourdit de 28 millions$ quotidiennement. «Les contestataires ont grandi sans jamais entendre leurs parents leur dire non», a confié Jacques Villeneuve aux journalistes présents au cocktail-bénéfice qui marquait l'inauguration des quatre jours de festivités du Grand Prix de Montréal.
«Des gens qui passent leur temps à se plaindre. C'est devenu un peu ridicule. Ils ont parlé, nous avons entendu, et maintenant, c'est le temps de retourner à l'école.» Du même souffle, il a rappelé qu'en démocratie, les citoyens ont le privilège d'exprimer le fond de leur pensée entre les élections et de chasser le gouvernement incompétent le jour du scrutin. «Mais ils doivent savoir quand prendre du recul.»
Autoportrait gênant
Revenant à sa perception de l'enfant-roi, il se réjouit d'avoir bénéficié, dans un milieu fortuné, d'une éducation familiale autoritaire. Quand il jouait trop, sans raison, à l'insatisfait, il se retrouverait rapidement au lit à méditer ses bêtises. Dans le riche Monaco de son enfance, il a appris la valeur du travail acharné «en sachant que l'argent ne tombait pas du ciel».
En reprochant aux Québécois de se plaindre le ventre plein, le maître pilote de course automobile les place devant leur propre miroir. Car selon les sondages effectués sous la direction de Pierre Côté, nous confessons collectivement être «chialeux, mous et complexés».
L'autoportrait tracé par ce consultant en marketing est humiliant. Il a expliqué son initiative aux médias régionaux dans une récente tournée éclair. Les journalistes et quelques psychologues de la rue ont paru amusés, mais aucunement convaincus... du moins en région. Cet ancien publicitaire pensait probablement, en entreprenant sa consultation sur «l'homoquébécus», au Montréalais surchauffé de problèmes divers.
À travers les 800 questions posées à 70 000 compatriotes québécois, il a tiré une liste de faits dominants. Notamment que 80% admettent se complaire dans le confort, 69% se disent chaleureux... et 74% se reconnaissent chialeux. «Pourtant, prétend Pierre Côté, ils ont confiance en eux, ils sont solides, ils ne traînent pas de passé judéo-chrétien comme les boomers.... Mais ils sont aussi indignés et désabusés.»
L'enquête confirme une réalité devenue universelle, soit que «nous dépensons trop et nous économisons peu.» Quand Pierre Côté constate qu'un Québécois sur deux ne croit pas en l'avenir de la nation, il devrait déclencher une action positive et non un déchirement accentué. Peut-être, du moins espérons-le, que la Saint-Jean-Baptiste prochaine nous ramènera, avec les beaux jours de notre été toujours trop court, dans la voie de la réconciliation et de la confiance.