Retraites: le mur!

«Autrefois, on prenait sa retraite à 65 ans,... (Photo Archives AP)

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«Autrefois, on prenait sa retraite à 65 ans, et on mourait à 75. On vit maintenant dix ans de plus, et ceux qui ont un régime généreux prennent souvent leur retraite plus tôt, se trouvent un autre job, et encaissent des deux côtés. Ils pompent le fonds de retraite durant 30 ans au lieu de dix.»

Photo Archives AP

 

Myriam Ségal
Le Quotidien

Tous les maires du Québec s'inquiètent des régimes de retraite de leurs employés qui grugent les finances municipales, quel que soit leur camp politique: de Régis Labeaume à Jean Tremblay, en passant par Bernard Généreux. Tous, sauf Gérald Tremblay, l'étrange jovialiste qui dirige cette ruine moderne que devient Montréal, et qui a convaincu le gouvernement de renflouer son régime pour un demi-milliard de dollars. Tous les citoyens du Québec, de Gaspé à Gatineau, se sont endettés pour soutenir les retraites des employés de Montréal.

Le petit «caporal de Québec», Régis Labeaume, sonne la charge: 10% de ce que paient ses citoyens va au fonds de retraite des employés... et ça a doublé ces dernières années. Saguenay a un déficit de 100 M$ minimum. De l'argent que nos enfants rembourseront pour payer les retraites d'aujourd'hui. Plus on attend, plus on frappera durement le mur!

Pas seulement au municipal. Les grandes compagnies qui ont des régimes garantissant un montant fixe à leurs retraités cherchent pratiquement toutes à diminuer leur nombre et à se libérer de ces caisses qui plombent leur valeur. Elles se réfugient dans la sous-traitance, ferment des usines, négocient en sous-main avec le gouvernement des délais de renflouement, comme AbitibiBowater lors de sa quasi-faillite.

Pomper!

Autrefois, on prenait sa retraite à 65 ans, et on mourait à 75. On vit maintenant dix ans de plus, et ceux qui ont un régime généreux prennent souvent leur retraite plus tôt, se trouvent un autre job, et encaissent des deux côtés. Ils pompent le fonds de retraite durant 30 ans au lieu de dix. L'organisme qui doit le remplumer se retrouve exsangue, vulnérable. Il prive de gagne-pain les jeunes, parce que les rentiers ont «droit» à leur revenu. Quand il s'agit d'une ville, le citoyen étouffe sous les taxes.

Les PME négocient plutôt des REÉR avec leurs employés. Chaque partie verse le même montant et l'employé gère son régime individuellement ou par son syndicat, assumant les risques boursiers. L'entreprise, elle, n'accumule pas de dette.

Mon père m'a demandé de mettre 1000$ de côté par an pour ma retraite, dès mon premier travail à temps plein. À 23 ans, cela me faisait râler. La retraite me semblait un concept lointain et 40 ans un âge, canonique. Mais heureusement, après la jeunesse, il y a la vraie vie!

À l'époque, on prétendait que 1000$ par an à partir de 25 ans permettait d'avoir un million à 65 ans. Évidemment, les Vincent Lacroix et autres Madoff, Al-Qaïda, les banques cupides, les «day-traders», les bulles technos, les crises économiques ont saboté ces beaux chiffres. Il n'empêche qu'en utilisant mes REÉR quasiment au max, et sans fonds de pension corporatif, je pourrai retraiter vers 65 ans, loin du million, mais avec assez pour vivre. J'ai eu de la chance: jamais de chômage, pas de grand drame, d'accident, de maladie...jusqu'ici!

Sacrifices

Je m'attends à ce que le fédéral réserve ses pensions de vieillesse à ceux qui n'ont pas pu ou voulu jouer les fourmis comme moi, à ce que la Régie des rentes du Québec retarde le moment où je pourrai l'encaisser. J'accepterai ce sacrifice si chacun fait sa part. Pas si mes taxes continuent à payer des fonds de luxe, des parachutes dorés, de fausses retraites à des gens actifs. Pas si les syndicats, poings en l'air, fomentent des révoltes de rue chaque fois que l'on ébranle un privilège qu'ils ont transformé en droit.

Encore faudrait-il qu'un leader courageux nous donne les chiffres, et dessine un plan crédible avec les patrons, syndicats et actuaires dans le respect des retraités, des travailleurs et des jeunes. De Harper à Charest en passant par Mulcair et Marois, dès qu'on aborde le sujet, tous semblent déguerpir à toutes jambes vers les demi-mesures et les généralités, loin de la dure réalité mathématique.

On risque fort de se retrouver comme en Grèce, le soleil de plomb et la mer turquoise en moins!

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