Dans un accès de délire sécuritaire, en achetant la maison six mois plus tôt, j'ai acquis ce bidule en même temps qu'un extincteur et des détecteurs de fumée aux piles de lithium qui durent dix ans. Je me rappelais confusément un fait divers: une petite famille empoisonnée par une fournaise à l'huile.
Rescapés, ils avaient subi des mois de traitement en chambre hyperbare, d'épuisement profond, de vie sociale et professionnelle hypothéquées. Or pour la première fois de ma vie, j'achète une maison qui chauffe à l'huile!
Mais, voilà que ce damné gugusse gâche un matin de quiétude. La fournaise ronronne normalement. Le brûleur fonctionne. Je débranche le détecteur, enlève la batterie. Je rebranche, change la batterie. Le compteur de «PPM» s'emballe encore.
En désespoir de cause, j'appelle le 911. «Je voudrais simplement savoir comment réinitialiser mon détecteur de monoxyde de carbone qui me semble défectueux.» Le pompier réplique sur un ton péremptoire: «Aérez et attendez-nous!». J'ouvre les fenêtres, et les voilà avec leur camion rutilant dans ma rue tranquille.
Je proteste. Ça ne doit pas être grand-chose, une défectuosité... Le pompier goguenard me montre son appareil officiel: il affiche un chiffre encore plus élevé que mon capteur pas détraqué du tout. La paroi intérieure de ma cheminée s'était effondrée, retenant les gaz de combustion, et diffusant le monoxyde de carbone subrepticement dans la maison.
Je me trouve un peu idiote d'avoir obstiné la machine. Le pompier me rassure: bien des citoyens s'en prennent comme moi à leur brave détecteur, incrédules devant l'ennemi qui s'infiltre, inodore et invisible.
Morts évitables
Je vous raconte ça parce qu'un couple vient de mourir au Lac-de-la-Boiteuse, dans son petit chalet, un coin de paradis. Le propane du réfrigérateur ne se consumait semble-t-il pas bien. Le tueur silencieux a fait son oeuvre. Tous les chalets sont équipés d'appareils au propane. Bien peu ont un détecteur de monoxyde. Il ne se passe pas un an sans que des gens meurent à cause d'une voiture démarrée par inadvertance dans le garage attenant à la maison, d'une fournaise ou d'un appareil au propane défectueux.
Ils restent méconnus, ces détecteurs de monoxyde, pourtant obligatoires à Saguenay dans toute maison qui contient un appareil à combustion. Au lieu de seriner la propagande de son Plan Nord ou du ministère du Revenu, le gouvernement ne pourrait-il pas investir une petite part de son budget de publicité pour promouvoir ce sauveur de vies?
SAAQ
En un mois, 159 jeunes se sont fait prendre à enfreindre la Loi sur la tolérance zéro alcool au volant avant 22 ans, instaurée juste à temps pour les bals de fin d'année. Or, plusieurs ne connaissaient pas la nouvelle loi, et se retrouvent avec une amende salée et une suspension de permis.
La SAAQ devait envoyer une missive aux 200 000 conducteurs concernés. Mais 80 000 lettres ont été expédiées trois semaines trop tard. La SAAQ incrimine un nébuleux bogue dans le «système», bien pratique pour protéger tout responsable.
Mais au lieu de présenter ses excuses, la Société ajoute que nul n'est censé ignorer la loi, et que les lettres n'étaient que de la noble courtoisie de sa part. Même argument quand un citoyen oublie de payer son permis parce qu'il n'a pas reçu de rappel.
Cela frise l'arrogance et la mauvaise foi. La SAAQ ne dépense pas autant par simple courtoisie, mais parce qu'elle estime que c'est la bonne manière d'informer ses clients. En banalisant son échec et sa bourde, elle inverse les rôles: nous devenons ses valets, qu'elle traite avec condescendance... Si elle est d'humeur!