Premièrement, ce projet n'a rien à voir dans un budget: la caisse de l'assurance-emploi est gérée indépendamment et renflouée exclusivement par les salariés et employeurs.
Harper savoure abusivement son pouvoir après des années de purgatoire minoritaire. Il n'éclaircit qu'au compte-gouttes, à sa guise, des textes ambigus. Sa maîtrise de la propagande relègue les institutions démocratiques au rang de décorations.
Les conservateurs veulent forcer les chômeurs saisonniers à accepter des jobs à 70% de leur revenu habituel dans un rayon d'une heure de leur résidence. Par exemple, un poseur d'asphalte d'Alma deviendrait manutentionnaire chez «Costco» à Chicoutimi l'hiver.
Inapplicable
L'assurance-emploi pose certains vrais dilemmes. Les conservateurs arguent qu'on doit importer de la main-d'oeuvre, alors qu'on paie des chômeurs dans la même région. Ces jobs au salaire minimum donnent moins que le chômage, plafonné à 450$ par semaine.
La rareté de la main-d'oeuvre oblige les employeurs à monter les salaires, à prendre soin de leur personnel. Pour une fois que la loi du marché favorise le salarié!
Mais, avec un dollar canadien fort, et une économie mondiale dominée par des pays émergents qui se foutent de l'environnement et versent des salaires de misère, le gouvernement veut que les entreprises d'ici restent concurrentielles, en leur donnant en pâture des travailleurs coincés.
Comment définira-t-on un «chômeur fréquent» ? Après combien d'années? Comment vérifiera-t-on ses efforts pour trouver un job? Comment saura-t-on qu'il en a refusé (il suffit de bâcler une entrevue pour ne pas être retenu!)? Se fiera-t-on sur des statistiques pour couper aveuglément des prestations?
L'assurance-emploi, hyper-informatisée, a largué beaucoup de ses agents. Cet hiver, il fallait jusqu'à neuf semaines pour obtenir un premier chèque. Les conservateurs ont nié que cette lenteur administrative soit volontaire pour affamer les chômeurs.
Mais alors, comment si peu de personnel jugera-t-il tant de cas individuels? Et si on en ajoute, est-ce que les primes que la plupart des travailleurs paient sans jamais toucher de chômage augmenteront pour subventionner la traque?
Même Denis Lebel, ministre puissant au cabinet Harper, représentant une région où sévit le chômage saisonnier, bredouille des réponses évasives. Il n'en sait rien!
Mentalité
Dommage que les conservateurs s'y prennent si mal. Il faudrait pourtant en discuter sereinement. L'assurance-emploi est-elle, comme l'affirment les néo-démocrates, un filet social que nous consentons tous à payer pour soutenir l'emploi saisonnier? Dans ce cas, pourquoi les policiers en sont-ils exempts?
Comment ébranler cette mentalité du chômage de routine surgie des années où les jobs étaient rarissimes? Ne devrait-on pas d'abord ramener les assistés sociaux au travail avant les saisonniers? Ceux-ci devraient-ils payer plus de primes de chômage que ceux qui n'en touchent jamais? Après tout, les compagnies d'assurance augmentent leurs primes selon le nombre de sinistres!
Luttons-nous efficacement contre les tricheurs? La question crée un malaise. On connaît tous quelqu'un payé officiellement juste assez pour avoir le «max» du chômage, qui gagne plus en réalité, et qui travaille l'hiver au noir!
Mais ils font vivre leur petite famille ici, dans des régions âpres. Allons-nous les traquer pendant que des fiducies richissimes sortent des millions du pays vers des paradis fiscaux?
La façon de faire du gouvernement tue toute discussion civilisée sur un sujet aussi important et délicat.
Gardons les casseroles à portée de main!