Pendant que l'argent manque pour financer les lourdes missions d'une nation moderne, des escrocs en cravates pillent les coffres. Il faut consacrer des sommes considérables pour les traduire en Cour et obtenir leur condamnation, mais sans espoir de récupérer une partie significative des milliards de dollars subtilisés au trésor public.
La réalité
La crise qui se prolonge chaque soir dans les rues du centre-ville de Montréal coûtera sans doute très cher. Pourtant, les frais de scolarité, au Québec, sont plus bas que partout ailleurs en Amérique. Ils ne représentent guère plus que 10% du coût réel. La gratuité totale que réclament les plus intransigeants imputerait une charge supplémentaire de quelque 700 millions$.
La dépense serait toutefois plus justifiée que les centaines de millions versés aux ogres du sport professionnel. Il avait bien raison Denis de Belleval, l'ancien ministre péquiste qui fut également directeur général de la Ville de Québec, de dénoncer l'implication financière de Québec dans la construction d'un amphithéâtre pour faciliter le retour des Nordiques.
Quand les élus prêtent l'oreille à toutes les demandes d'aide de voraces promoteurs, ils cautionnent de véritables arnaques. Observez Bernie Ecclestone, le maître suprême de la Formule 1. Après avoir soutiré la bagatelle de 15 millions par année, il menace encore d'écarter Montréal de cette compétition si des travaux importants ne sont pas effectués aux installations. Où s'arrêtera-t-il? Évidemment, les gouvernements céderont en évoquant les retombées économiques gonflées par le marketing.
Faux espoirs
À Québec, on prévoit que la LNH ne reviendra pas avant 2015. Mais de Belleval n'est pas le seul à s'inquiéter. Le conseiller Marc Simoneau reproche à ses anciens confrères de semer de faux espoirs chez les partisans nostalgiques. «[...] On peut blâmer l'ensemble de la presse, a renchéri le chroniqueur Maurice Dumas... L'émotivité a vite pris le dessus sur la raison. Comme si la ville de Québec avait cessé de respirer depuis le départ des Nordiques en 1995.»
Personne ne s'interroge sérieusement sur la possibilité de financer l'exploitation d'une équipe de la Ligue nationale avec une masse salariale qui a quintuplé au cours des quinze dernières années. Trouvera-t-on, à l'extérieur de l'Assemblée nationale, de ses ministères et des créatures de l'État dont la plus importante est Hydro-Québec, tous les partenaires corporatifs nécessaires?
Rappelons que 17 000 des 24 000 places du Centre Bell sont vendues à l'avance à des entreprises. Le modèle idéal pour Québec serait celui qui a fait des Packers de Green Bay, au football professionnel américain, une équipe financièrement viable. Même si elle représente le plus petit marché, elle a remporté neuf championnats et trois Super Bowl.
Le secret de son succès réside dans la solidarité manifestée par la population: 115 000 partisans sont les copropriétaires de l'équipe. Le mouvement formé pour le retour des Nordiques avait invité les citoyens à verser chacun 20$ dans une fondation pour la construction d'un aréna. Le gouvernement et la ville ont finalement résolu le problème. On est évidemment loin d'un financement populaire de la future équipe.
On imagine les pressions qui seront exercées sur le trésor public si l'équipe qui remplacera éventuellement les défunts Nordiques est écrasée par les exigences de l'Association des joueurs.
Revenons à la dette du Québec, la plus lourde per capita parmi les provinces canadiennes. Elle dépasse les 250 milliards$ et elle s'enfle chaque jour d'une trentaine de millions supplémentaires. Le ministre des Finances qui promet l'équilibre budgétaire rêve en couleur. En vérité, les problèmes seront pelletés en avant... à la génération qui réclame la gratuité des frais de scolarité.