Victoire étudiante

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

L'État québécois a capitulé. Après avoir résisté pendant plus de trois mois à la fronde des associations étudiantes soutenues par les puissances syndicales, il enrobe sa reddition d'une proposition ondoyante destinée à rassurer les contribuables. Mais l'attitude triomphante de Gabriel Nadeau-Dubois, le président de l'intransigeante CLASSE, ne leurre personne. S'il n'était pas un maître communicateur, habile à dissimuler ses sentiments, il aurait éclaté de rire.

Dans une entrevue surprise accordée à La Presse, mercredi dernier, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard avait ainsi déjà proclamé la victoire des étudiants opposés à l'augmentation des droits de scolarité: «Ils devraient prendre ce qu'il y a sur la table, ils ont gagné! Jusqu'à un revenu familial de 60 000 $ environ, les étudiants ne subiront pas la hausse, et jusqu'à 45 000 $ par année, ils bénéficieront d'un avantage. Le financement est amélioré pour tout le monde et le remboursement proportionnel au revenu est aussi un gain important.»

L'échéance électorale

Les deux partis peuvent toujours prétendre que la hausse des droits de scolarité est maintenue, mais ils voilent la vérité en s'abstenant d'ajouter que les amendements qui seront apportés à la formule de déclaration de revenus épargneront les plus pauvres et les fils de la classe moyenne inférieure.

On fait en outre miroiter à l'ensemble des étudiants la possibilité de recevoir de la main gauche ce que la main droite aura donné pour couvrir les frais afférents. Au terme de l'exercice, c'est le contribuable qui paiera la note. Essentiellement celui de la classe moyenne supérieure puisque c'est une vue de l'esprit de vouloir rançonner les entreprises comme le propose Québec solidaire. Tous les gouvernements du monde occidental leur offrent plutôt de généreuses aides financières en retour d'investissements porteurs d'emplois.

Pourquoi le gouvernement libéral a-t-il finalement lâché suffisamment de lest pour espérer le retour en classe d'une majorité d'étudiants? Il était tout simplement pressé par l'échéance électorale. Ses députés redoutaient des perturbations étudiantes à chacune de leurs assemblées électorales. Ils l'ont clairement indiqué à leur rassemblement de vendredi, à Victoriaville, pendant qu'à l'extérieur, l'affrontement violent entre la police et les manifestants avait des odeurs de guerre civile.

Comme les derniers sondages traduisaient une exaspération montante de la population à l'endroit des leaders étudiants, il fallait imaginer une sortie de crise honorable. Certes, la hausse des droits de scolarité de 1778 $ (127 $ par session) allongée sur sept ans est maintenue, mais un conseil provisoire comprenant quatre représentants étudiants et autant du milieu syndical procédera à un examen minutieux de la gérance universitaire pour prélever dans le gras et le gaspillage perçus par ceux qui ont boycotté les cours, l'argent que les recteurs réclament. Ce conseil déposera ses recommandations au gouvernement avant la fin de l'année... probablement après la prochaine élection générale.

Les parachutes dorés

Le véritable débordement de l'enseignement universitaire québécois, tout le monde le connaît, c'est cette folle aventure de l'Îlot voyageur dans laquelle l'UQÀM, l'Université du Québec à Montréal, a englouti près de 600 millions$. Un monstrueux éléphant blanc qui embarrasse le centre-ville de Montréal.

On dénonce aussi les parachutes dorés offerts à certains hauts dirigeants à leur retraite. Le plus somptueux a été versé à Judith Woodsworth, l'ex-rectrice de Concordia, la petite mais riche université anglophone de la métropole. Il comprenait un témoignage d'appréciation de 169 573 $ et une prime royale de séparation atteignant les 747 045 $. Évidemment, toute la communauté universitaire du Québec est pénalisée par ces excès que le gouvernement a déjà absorbés.

Mais même si l'État nettoie ces bavures, il admet la nécessité d'ajouter progressivement jusqu'à 850 millions$ au cours des cinq prochaines années pour simplement permettre à nos universités de rejoindre les maisons de haut-savoir du Canada anglais.

Le long conflit aura eu le double mérite d'imprimer dans l'imaginaire collectif l'importance de l'éducation supérieure dans la croissance d'une nation et de nous révéler des dirigeants étudiants verbomoteurs convaincants et maîtrisant mieux la langue française que les artistes et les politiciens.

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