La ministre «demande» aux jeunes de retourner en classe. Elle «suggère» aux directions de donner les cours.
Mais le directeur du Cégep de Saint-Félicien confirme que cette exhortation publique ne s'est doublée d'aucune directive, aucun conseil, aucun soutien juridique, pas même un courriel de la ministre.
Nul ne semble expliquer à ces étudiants leur statut d'association de consommateurs, ni que les tribunaux sont les gardiens de l'équilibre entre les droits collectifs et les droits individuels. Désobéir à une injonction, c'est un crime! Bloquer une porte s'appelle un méfait, même si on ne la brise pas! Mais les tribunaux eux-mêmes font généralement peu d'efforts pour être pris au sérieux, laissant plus d'une chance aux délinquants!
La cagoule
Le mollusque qui sert de maire à Montréal se plaint des manifestations, mais refuse d'accélérer l'adoption d'un règlement «anti-masque».
Des cours ont été annulés parce que des hommes masqués bloquaient l'entrée d'un cégep malgré une injonction, sous l'encouragement de profs arborant une banderole: «Les profs vous appuient». Depuis quand un éducateur encourage-t-il son élève à commettre un crime? Cet éducateur ne mérite-t-il pas sanction? Veut-on vivre dans une société où une poignée d'individus cagoulés peut imposer sa loi?
Il y a des semaines que le gouvernement aurait dû se raidir, requérir une injonction collective, et fait voter des sanctions contre les individus et associations tentés de désobéir. Il l'a souvent fait contre des syndicats récalcitrants dont la grève pourtant légale mettait en péril un pan de la société!
Le juge en chef est découragé de voir des étudiants empêtrer le système judiciaire avec des demandes d'injonctions jamais respectées, au lieu que ce soit «traité de façon globale».
Autrement dit, que l'État obtienne un ordre de cour et le fasse respecter. Si les associations étudiantes la défient, il pourra suspendre la Loi 32, cadeau du PQ, qui leur permet de prélever automatiquement des cotisations à chaque rentrée scolaire!
Reprise?
Dans les institutions touchées par un boycott prolongé, la session est «scrap». «Chaque cours manqué sera repris!», clament hypocritement les autorités. Mon oeil! La complaisance des syndicats de profs se traduira par des coins ronds, des raccourcis, des travaux compensatoires.
À Saint-Félicien, on allonge les périodes de 15 minutes. Les étudiants y ont manqué 200 heures de cours environ. Faites le calcul: on leur en offre au maximum 75 pour compenser.
De plus, la durée limitée de concentration des élèves et le vacuum mental de huit semaines de congé annihilent la valeur pédagogique de la formule! L'alchimie comptable sauve les apparences, la session, le diplôme, mais pas l'apprentissage.
Dans son bouquin sur les enfants-rois, le psychologue Gilbert Richer explique qu'enfants et parents se livrent une lutte de pouvoir.
À quatre ans, il faut couvrir d'amour un enfant, et lui dire «non» fermement, pour qu'il dissocie l'affection et l'autorité, et apprenne à respecter celle-ci. Les baby-boomers, zens, permissifs, mous, ont raté ce rendez-vous avec leurs enfants, maintenant parents.
Et le gouvernement aussi! Ces enfants-rois gagnent toujours en trépignant, en obstinant. Cela se double de l'arrogance de la jeunesse, d'une ignorance crasse des lois, et du mépris pour le sens du devoir, moins enseigné que les droits!
Le pire dommage collatéral du conflit étudiant consiste en cette liquéfaction confirmée de toute autorité, scolaire, politique et juridique.