Récupérons notre butin

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

Quelle mauvaise nouvelle que cette fermeture définitive de Novelis ! Le plus étonnant, c'est que nos politiciens se montrent surpris. Ils n'avaient perçu aucun signe préalable à cette annonce catastrophique. Tout leur paraissait acquis pour l'éternité.

Ils viennent d'apprendre avec ce coup de poing asséné par le siège social d'Atlanta, que depuis la mondialisation, le danger est omniprésent. Les entreprises ferment sans avis, soit parce qu'elles ont perdu l'espoir de négocier une rentabilité précaire avec leurs employés, ou soit qu'elles succombent à l'invitation de s'installer ailleurs pour bénéficier d'avantages.

Ces fermetures sauvages se multiplient. Montréal risque, par exemple, de perdre 1800 emplois bien rémunérés depuis l'annonce du démantèlement d'AVEOS, le sous-traitant chargé du contrat d'entretien des appareils d'Air Canada. L'intervention du ministre Denis Lebel sème heureusement l'espoir d'un sauvetage.

La métropole avait précédemment renoncé à récupérer les 1300 emplois que générait Electrolux quand la multinationale suédoise a décidé, à la surprise générale, de déménager son usine de l'Assomption à Memphis, au Tennessee. Interpelé, le ministre Clément Gignac a répondu, résigné, qu'outre les avantages offerts par l'État et la ville, Electrolux économiserait, en moyenne, quelque six dollars l'heure par employé.

Il est évident que la masse salariale de Novelis pèsera beaucoup moins lourd en Chine qu'à Jonquière. Mais les nouveaux propriétaires indiens qui dirigent l'exploitation de cette usine de laminage sont guidés par un seul critère, le profit.

Fleuron de Pechiney

En perdant la succursale saguenéenne de Novelis, c'est un fleuron de l'empire Pechiney acquis par Alcan en 2003 qui échappe à la région. Plus important producteur de produits d'aluminium laminés au monde, Novelis exploite 38 usines situées en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et en Amérique du Nord. Elle a pris naissance dans le sillon de négociations sur les limites qu'impose la législation antimonopole européenne. Pour ratifier l'acceptation par les actionnaires de Pechiney de l'offre publique d'achat, la France et l'Union européenne exigeaient qu'Alcan renonce au volet de la transformation.

Pressée par le temps, Alcan fut condamnée à effectuer l'équivalent d'une vente de feu. La transaction fit de l'Indienne Hindalco la grande gagnante d'une loterie.

La Vallée de l'aluminium

Alcan accepta, dans un contrat ferme d'une durée de cinq ans, de fournir de l'aluminium liquide, mais la moitié seulement de l'approvisionnement nécessaire, à son usine Saguenay Works devenue une branche de Novelis en 1994. L'autre moitié fit l'objet d'un appel d'offres remporté par l'usine d'Alcoa, à Deschambault. Et c'est ainsi que des camions-citernes franchissent 270 kilomètres pour livrer l'aluminium liquide dans une usine ultra sophistiquée située dans la Vallée de l'aluminium, la région-capitale de l'industrie occidentale du métal gris.

Un non-sens qu'avait dénoncé l'ingénieur Claude Moreau, de la Société de manutention de métaux liquides, auprès du gouvernement québécois en janvier 2005. Le problème de la transformation de l'aluminium au Québec, avait-il détecté en substance, réside dans l'incapacité des producteurs établis chez nous de fournir, à long terme, en quantité suffisante et à prix concurrentiels, de l'aluminium liquide.

C'est cet obstacle déterminant que libéraux, péquistes, Promotion Saguenay, la ville d'Alma et les puissances syndicales auraient dû négocier. Il leur faudra ajouter maintenant l'achat de l'usine Novelis.

Une industrie qui génère 32 000 emplois avec ses alumineries et qui fait tourner 1000 PME justifie un effort tout aussi persistant que celui effectué pour favoriser le retour des Nordiques avec un amphithéâtre d'un demi-milliard $ défrayés par les contribuables.

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