Apprendre ensemble

 

Nicole Huybens
Le Quotidien

L'espèce de racisme entre les Autochtones et les Blancs que l'on sent parfois poindre dans ce pays que j'adore me désole épouvantablement. Il y a tant de créativité à retirer du dialogue entre des visions différentes, comment se fait-il que nous l'oublions aussi souvent?

La représentation amérindienne de la nature n'est pas celle des sociétés industrialisées. Pour les uns, c'est une mère, pour les autres, ce sont des ressources à leur disposition. Nous avons tout à apprendre les uns des autres: plus de respect pour la nature des uns, plus de confort pour les humains des autres. Et il n'est pas nécessaire de dénigrer une représentation ou l'autre: c'est plus intelligent de rechercher l'arrimage entre les deux visions, même si c'est plus difficile.

Exemple

La Nation malécite, petite communauté située à Cacouna, s'est dotée en 2011 d'un «fonds écoresponsable». Ce fonds va permettre aux Malécites de jouer un rôle qui leur tient à coeur: être les gardiens de la Mère-Terre, comme on peut le lire sur le document qui présente le projet. Sur cette base symbolique, ils veulent s'assurer que l'empreinte humaine sur la nature sera minimisée et compensée sur le territoire ancestral.

La Terre considérée comme une mère induit le respect de l'équilibre entre les besoins de la nature et ceux des humains. Elle n'implique en aucun cas le fait de rejeter toutes les activités humaines dans la nature, mais d'être respectueux comme on l'est avec une partenaire de vie. Le fonds permettra de financer des projets qui seront «notre réponse aux cris du coeur de notre Mère-Terre» quand les impacts environnementaux ne pourront être évités.

L'eau, l'air, la terre et le feu sont considérés comme des éléments sacrés de la Mère-Terre. Pour chacun des éléments, le fonds interviendra pour des actions écocompensatoires. Par exemple: pour les projets miniers, la compensation pour la perturbation de la Mère-Terre se fera par «la création de sites spirituels pour les membres de la Nation». Et pour le Feu: «Une utilisation irrespectueuse de l'élément sacré Feu, tel l'utilisation abusive des combustibles fossiles est responsable du réchauffement de la Mère-Terre». Le fonds donnera dès lors son appui à des projets d'énergies renouvelables.

L'existence du fonds, et du raisonnement qui l'institue, aura un impact économique, mais il ne constitue pas un frein au développement socio-économique, au contraire. Une approche dans laquelle «une écocompensation appliquée est prescrite pour les interventions modifiant définitivement le paysage naturel, les habitats et ses espèces est une logique conséquente au développement économique»

Le projet trouve ses fondements autant dans le contexte culturel contemporain rationnel-légal des sociétés industrialisées que dans des éléments de sagesse, éthiques et symboliques, de la tradition culturelle amérindienne.

Il s'inscrit autant dans la stratégie de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador que dans la Loi québécoise sur le développement durable. Il s'appuie parfois sur un raisonnement économique: la réalisation de projets écocompensatoires pour les pertes de capital écologique sont évaluées en dollars. Le calcul économique côtoie sans trop de difficultés les impératifs éthiques.

L'épuration de l'eau ou la séquestration du carbone par les forêts sont des services fournis par la nature, combien cela coûte-t-il si nous devons le faire autrement? Avec ce calcul, quand on prend quelque chose à la nature, on lui rend quelque chose qui a de la valeur.

L'existence du fonds permet aussi aux Malécites d'envisager des actions de sensibilisation à des pratiques écoresponsables: «Notre sagesse et notre savoir traditionnels, légués par nos ancêtres, nous sont transmis aujourd'hui par nos aînés (...) et c'est notre devoir de guider les populations vers une relation plus harmonieuse avec les habitats naturels et les espèces qui y vivent». La nation malécite a enfin décidé de refuser tout appui à un projet élaboré sur les territoires ancestraux qui ne prendrait pas en considération des valeurs d'écoresponsabilité dictées par leur devoir envers la Mère-Terre.

Rejeter ceux qui portent l'idée de la Mère-Terre ou de Dieu-le-Père ou de l'humain-roi n'apporte pas grand-chose. Voir comment on peut avec toutes les idées, construire un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus responsable c'est plus humain, même si ça parait plus compliqué.

Nicole Huybens verse son cachet à la campagne majeure de financement de l'UQAC.

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