Ottawa s'anime

Bertrand Tremblay
Le Quotidien

La Chambre des Communes reprend ses travaux, aujourd'hui, dans une atmosphère multicolore aux éléments très explosifs. Après avoir amorcé, doucement, sans prévenir, une révision de l'image canadienne en y replaçant, au centre, les symboles de l'Empire britannique, le gouvernement conservateur croit pouvoir rapprocher les deux solitudes en célébrant la bicentenaire de la guerre de 1812.

La guerre de 1812

Le Canada aurait disparu si l'invasion américaine de 1812-1814 avait réussi et les Québécois francophones auraient été assimilés comme le peuple de la Louisiane, résume la capsule publicitaire diffusée à la télévision pour justifier les fêtes qui marqueront cet anniversaire. La Monnaie royale canadienne émettra sa première pièce de collection 2012 d'un dollar pour commémorer ce conflit où «Français, Anglais et Premières Nations s'unirent pour défendre les frontières et les valeurs d'un Canada en devenir...».

Les historiens grimacent quand James Moore, le ministre du Patrimoine canadien, prétend que «sans la guerre de 1812, le fait français n'existerait plus». Ils se demandent alors pourquoi, trente ans plus tard, le Canada anglais, avec son «Acte d'union» a rayé le français dans les institutions.

En vérité, l'esprit britannique, autant au Canada qu'aux États-Unis, n'a jamais renoncé à son objectif ultime d'assimilation de la minorité francophone nord-américaine. Quant à la guerre de 1812, elle portait essentiellement sur le contrôle de la circulation commerciale sur l'Atlantique. À l'époque, la France napoléonienne et l'Empire britannique s'échangeaient les blocus maritimes. Les États-Unis, qui venaient de chasser les gouverneurs de la mère-patrie, poursuivaient leur révolution sur le champ de l'économie. Ils ne percevaient aucun avantage de conquérir le Canada.

L'Acte de Québec

C'est la participation des rescapés de la fatale bataille des Plaines d'Abraham survenue le 13 septembre 1759 à la guerre menée 17 ans plus tard par l'Angleterre et le Canada contre les 13 colonies américaines sécessionnistes qui a vraiment assuré la survivance française. En dépit d'une vive opposition, la Couronne a respecté sa parole en signant l'Acte de Québec qui permettait à ses loyaux sujets d'utiliser le Code Napoléon, de pratiquer leur religion catholique et de bénéficier d'un territoire considérablement agrandi.

Les Québécois demeurent extrêmement méfiants envers les conservateurs. Ils leur reprochent d'être plus royalistes que la Reine et de banaliser les accrocs à la législation sur le bilinguisme institutionnel. Ils constatent toutefois avec satisfaction que le chef de notre gouvernement national s'exprime toujours dans les deux langues officielles dans ses déclarations publiques. Et ils lui sont reconnaissants d'avoir accordé au Québec un siège à l'UNESCO après avoir reconnu qu'il constituait une nation.

Mais ce matin, sur la colline parlementaire d'Ottawa, il sera plutôt question du mini discours du Trône prononcé à Davos devant d'autres dirigeants politiques et les magnats de la finance internationale. Stephen Harper a profité de ce Forum économique mondial très médiatisé pour prévenir ses concitoyens qu'une réforme majeure des programmes sociaux était devenue inévitable.

Les modifications toucheront le système de retraite qui a déjà créé deux classes de citoyens: les employés de l'État et des municipalités ainsi que ceux des grandes entreprises assurés d'un revenu confortable à l'âge de la retraite d'un côté, et de l'autre, les infortunés des soubresauts économiques et d'organisations fragiles. Car même lorsque l'État est déficitaire, ses employés ne sont jamais inquiétés.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a déjà subi la foudre des gouvernements provinciaux quand il a annoncé, avant Noël, le plafonnement à 3% en 2016 de l'augmentation des transferts en santé qui s'élèvent présentement à 6%, soit bien au-dessus de l'inflation et de l'indice de richesse. Imaginez le choc que produiront les mesures que le gouvernement Harper s'apprête à appliquer pour équilibrer le budget et éventuellement réduire notre dette collective.

Il faudra bien apprendre un jour à vivre selon nos moyens.

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