Pourtant, sa Coalition avenir Québec, la CAQ tout nouvellement formée, se présentera à la reprise parlementaire, le 9 février prochain, avec un regroupement multicolore de neuf députés. Et selon les sondages, une élection générale tenue le mois dernier aurait fait de François Legault le nouveau premier ministre d'un gouvernement confortablement majoritaire.
Air Transat
Ayant abandonné son siège, c'est à distance qu'il orientera son caucus. Le chef de ce rassemblement incluant l'ADQ de Gérard Deltell n'en sera pas moins redoutable. Il connait bien l'appareil après avoir assumé d'importantes responsabilités dans les gouvernements de Lucien Bouchard et de Bernard Landry dont la direction des ministères de l'Éducation et de la Santé, les deux poids lourds de l'État québécois.
Le nom de François Legault a surgi une première fois dans l'actualité au vol inaugural d'Air Transat en 1987, une compagnie qu'il avait fondée avec quelques partenaires. Une décennie plus tard, il abandonnait le monde de l'aviation après y avoir fait fortune, pour se diriger vers la jungle politique qui l'a toujours fascinée.
Homme de pouvoir, il n'a pas souffert trop longtemps la sécheresse de l'opposition après la défaite des péquistes aux mains de l'équipe Charest en 2003. Deux ans plus tard, il choisissait le prétexte classique de vouloir consacrer plus de temps à sa famille pour repousser l'invitation de ses partisans de participer à la course à la chefferie du Parti québécois.
Tout comme René Lévesque...
C'est dans la quiétude de son foyer qu'il a préparé son retour sur la scène politique. Il n'était pas pressé. Comme à l'époque où René Lévesque avait proposé «le beau risque» fédéraliste pour ensuite subir l'abandon de son état-major, François Legault constate que l'accession à la souveraineté ne fait plus vibrer les Québécois.
Il demeure pourtant un indépendantiste convaincu. N'a-t-il pas déjà soumis son budget de l'an 1 d'un Québec souverain pour faire la démonstration que l'option est viable? Mais comme le peuple n'en est toujours pas convaincu, il est nécessaire, juge-t-il, d'assainir l'administration publique, de redonner confiance aux contribuables en leur proposant un gouvernement vraiment responsable. Il faut gérer l'État comme une entreprise privée dynamique en résistant aux groupes de pression sans craindre l'impopularité.
Son retour fulgurant en politique a débuté bien modestement, en février dernier, quand son nom est apparu en tête du manifeste de la Coalition pour l'avenir du Québec signé par douze éminents personnages dont Charles Sirois, le milliardaire originaire de Chicoutimi, son conseiller et allié le plus fidèle.
Depuis, il a énoncé, à la pièce, ses grands objectifs. La population retient surtout les intentions très controversées d'abolir les commissions scolaires et les régies de la santé. La vingtaine de travaux qu'il s'est imposés vont d'une révision du financement de la santé à une stratégie de développement économique des régions et de la métropole.
Centralisation accrue
À une presse inquiète des conséquences que son programme pourrait provoquer, il répond inlassablement: «On verra...» Quant il s'est arrêté à Jonquière, le 3 octobre dernier, dans sa tournée provinciale de consultation, il s'est plaint d'un Québec «malade», mais il a aussi déploré la réalité d'un SaguenayLac-Saint-Jean encore plus mal-en-point avec un PIB 13% inférieur à la moyenne québécoise et davantage à celle du Canada. «Ma plus grande crainte, redoute-t-il, c'est que nos jeunes quittent le Québec».
On aurait apprécié que le maire Jean Tremblay, grand commissaire industriel de Saguenay, et son conseiller économique, le professeur Marc-Urbain Proulx, lui donnent la réplique. Surtout sur les nouveaux mouvements angoissants de la centralisation des services au profit de Montréal et de Québec.