Une période durant laquelle la manne des investissements du grand capital dans l'exploitation forestière et le potentiel énergétique de nos grandes rivières a fait surgir les robots de la haute technologie qui remplacent progressivement l'humain dans une multitude de tâches manuelles.
Que d'obstacles!
«Mon père a travaillé à l'Alcan dans les années 1950, raconte André Poulin. L'entreprise employait à l'époque près de 11 000 personnes pour produire 370 000 tonnes. Aujourd'hui, Rio Tinto Alcan, avec ses alumineries La Baie, Laterrière, Arvida et Alma en exportent près d'un million de tonnes sur les grands marchés de la planète avec trois fois moins d'employés.»
Quand les jeunes ont commencé à rechercher ailleurs, notamment dans l'agglomération métropolitaine de Montréal, les emplois qu'ils ne trouvaient plus ici, des entrepreneurs ont pris la relève. Dans son dernier rapport annuel, la Société de la Vallée de l'aluminium en dénombre 90 qui emploient 2235 personnes. Certains se montrent sceptiques devant ces statistiques, car les chiffres varient selon les conjonctures. Mais l'élan est réel. Attribuons-le à la détermination et à la compétence d'une nouvelle génération de leaders profondément attachés à leur terre d'origine.
«Je ne peux accepter tant de chômage autour de moi sans rien faire», avait déclaré André Poulin au rédacteur du magazine PME qui en avait fait, dans une édition spéciale lancée en 1998, le PDG le plus méritant parmi les dirigeants des «12 PME les plus admirées des régions». Mais ces entreprises sont perpétuellement en état de survie.
Elles affrontent quotidiennement de multiples difficultés. D'abord l'absence d'un financement adéquat que les institutions et le pouvoir politique ne réservent généralement qu'aux plus puissantes ou plus éblouissantes organisations. Puis ce dollar sans cesse fortifié par une industrie pétrolière scandaleusement subventionnée. Et ces mille tracasseries d'un État servilement penché devant les manipulateurs politiques. 200 millions$ pour enrichir l'industrie du hockey professionnel, ce n'est encore pas assez. Mais que les PME se débrouillent.
«Le boss est mort»
J'avais demandé, en 1989, à André Bérard, l'ancien PDG de la Banque Nationale de passage chez nous, comment il percevait l'avenir économique d'une région dominée par la grande industrie et ses salaires élevés. «Dans la multiplication et l'expansion des PME... Nous venons justement leur offrir notre collaboration...»
Les banquiers sont-ils aussi présents aujourd'hui? Ils se montrent en tout cas plus frileux puisque des petites entreprises réclament la caution de l'État. Et le député-ministre Denis Lebel, responsable de l'Agence de Développement économique du Canada pour les régions du Québec, est politiquement heureux de voler à leur secours avec des garanties de prêts, des contributions remboursables et exceptionnellement des subventions publicisées avec éclat.
Les PME sont perçues avec perplexité, au Québec, depuis la parodie du «bon boss» écrite par Yvon Deschamps. En prenant sa retraite, le génial humoriste fait une dernière grimace dans «Le boss est mort», une pièce de théâtre qui fera sans doute encore réfléchir dans un immense éclat de rire.
Mais quel monologue magistral aurait pu lui inspirer la célébration, vendredi dernier, à l'Auberge des 21 de La Baie, le 25e anniversaire de Rémac! C'est que la pyramide des Ha! Ha! , l'oeuvre maîtresse de l'artiste Jean-Jules Soucy, érigée par Rémac en l'honneur du Saguenay-Lac-Saint-Jean, figure toujours parmi les comptes à recevoir de cette petite entreprise. Ville de Saguenay, propriétaire du monument, poursuit depuis l'an 2000, la résistance judiciaire déclenchée par La Baie, ville fusionnée. Voilà comment l'autorité municipale soutient les PME.