Mais c'est d'abord une analyse des bouleversements causés par l'internet que leur offre le gouvernement Charest. Le nouveau média est toujours aussi populaire, mais il éprouve néanmoins des difficultés à rentabiliser ses espaces publicitaires. La télévision et les imprimés attirent toujours davantage les annonceurs. Pour longtemps encore? Personne n'ose faire de prédictions.
Le regard Payette
Le malaise des médias traditionnels s'accroit donc suffisamment pour inciter Québec à explorer la situation. La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, l'ancienne journaliste Christine Saint-Pierre de Radio-Canada, s'est présentée, à la surprise générale, dès le cocktail de bienvenue au congrès annuel de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) pour annoncer sa décision d'analyser l'avenir de l'information au Québec dans le contexte des changements technologiques.
Dominique Payette, la fille de la célèbre Lise, notre monument national du monde des communications, accomplira ce mandat. Détentrice d'un doctorat en sociologie, professeure en communication à Laval, Dominique Payette oeuvre dans le milieu de l'information, surtout radio-télévisuelle, depuis une trentaine d'années.
Les barons municipaux
Elle déposera son rapport en décembre 2010, soit quelques jours avant ou après le prochain congrès des journalistes. Les lock-out de Quebecor ont provoqué des interventions musclées à ce congrès qui regroupait, à Sherbrooke, environ 500 des 2000 membres de la FPJQ. Chez nous, cette guerre intestine de l'Empire Péladeau maintient les syndiqués du Réveil sur le pavé du chômage depuis déjà huit mois.
Les barons municipaux comme Régis Labeaume et Jean Tremblay ont également retenu l'attention des congressistes. Des journalistes de Montréal et d'ailleurs ont fait une démonstration inquiétante du contrôle que ces maires tentent d'exercer sur l'information d'intérêt public. Panéliste à l'atelier consacré aux difficultés qu'éprouvent les journalistes à recueillir l'information émanant de la scène municipale, Michel Gaudreault, le chef de pupitre à CBJ, a produit tout un émoi en décrivant la stratégie appliquée par le maire de Saguenay et sa garde rapprochée pour intimider les journalistes dans l'espoir de les transformer en propagandistes.
Pour obtenir des documents publics, le premier magistrat de la capitale régionale, a-t-il raconté, le somme de se présenter à son bureau. Il accuse les journalistes de nuire à leur ville en posant des questions trop pointues et il menacerait même les dirigeants des médias trop rigoureux de détourner vers des tribunes plus complaisantes les messages et informations dont la ville défraie la diffusion.
Bien connu des Québécois par l'intérêt que lui porte l'Infoman Jean-René Dufort, le génial bouffon de l'information, Jean Tremblay les étonne constamment. Présent à l'ouverture du dernier Salon du livre, au Holiday Inn de Jonquière, le collègue Michel Jean, animateur vedette de JE, demeure, pour un, estomaqué par le mot de bienvenue adressé à l'assistance et à une pléiade d'écrivains et d'éditeurs venus présenter leurs derniers ouvrages.
«Il nous a révélé ne lire que les livres électroniques et en anglais seulement, car, a-t-il spécifié, il n'y a, en anglais, que de bons livres comme de bonnes chansons. Les livres imprimés, c'est dépassé...Et le papier, ça sent mauvais. Étonnant quand même de la part du premier personnage politique de la plus francophone population d'Amérique du Nord qui s'est enrichie en vendant du papier aux quatre coins de la planète.»