Des citoyens infantilisés par un État tentaculaire

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Myriam Ségal
Le Quotidien

Dans mon hall d'entrée, les 14 règles de la maison sont affichées. La première: «Maman sait toujours où je suis et je laisse les numéros de téléphone pour me rejoindre» passe bien. Mais mes jeunes suivent en maugréant et contestant la treizième: «À vélo, je porte et j'attache mon casque». L'un de mes porcs-épics refuse même d'utiliser son bicycle: «Les copains ne sont pas obligés, eux, leurs parents sont cools, eux. Tu m'étouffes...»

Une loi?

Un ami soupire: «Si seulement le gouvernement rendait le casque obligatoire, cela nous simplifierait la vie!» Je proteste.

Je ne veux pas que l'État l'impose et me remplace. Je ne veux pas appliquer la règle sans l'expliquer, répondre, argumenter, prouver qu'elle repose sur la réflexion de parents aimants. Je veux convaincre mes jeunes que l'obsession de «faire comme les autres» paralyse, empêche d'avancer.

 

«Les autres» ne détiennent pas l'apanage de la vérité et du jugement. C'est aussi mon travail parental que d'apprendre à mes enfants à discuter et à douter des règles tout en les respectant, à oser faire mieux que les autres, à être à la proue et non à la remorque de la société.

Il y a une tendance lourde, ces temps-ci, à réduire le parent au rôle de géniteur et de pourvoyeur de fonds et à infantiliser le public.

La malbouffe

Par exemple, la guerre à la malbouffe dans les écoles. Effet pervers: les casse-croûte poussent autour des polyvalentes. Près de l'école Lafontaine, un comptoir offre hot-dogs, boissons gazeuses et frites, à un prix risible et n'est ouvert que le midi, les jours scolaires.

De temps en temps, une fois par semaine, un bon hot-dog, une poutine dégoulinante, rassérène sans dévaster la santé. Dans bien des écoles, on a renoncé à enseigner la nuance et l'équilibre pour tomber dans l'intégrisme nutritionnel... Un concept que les jeunes ont tôt fait de fuir.

C'est mon rôle de parent de nourrir mes enfants, de leur enseigner la variété, la modération, mais aussi le plaisir. Qu'une fois par semaine, mon ado partage joyeusement une poutine avec ses copains ne m'outre pas. Mais je préférerais qu'il le fasse à l'école plutôt que d'errer au centre commercial...

On parle maintenant de prohiber les «fast-foods « dans un périmètre d'un kilomètre autour des écoles. Et on interdira les livraisons? On empêchera qu'ils y aillent en scooter, en vélo ou en taxi? Jusqu'où ira la traque aux kilos excédentaires?

Si l'école veut aider les jeunes à adopter de bonnes habitudes, je préfère la méthode Pierre Lavoie: faciliter l'exercice physique sans que ce soit forcément rançonné par une ligue, à heures fixes. Quelques paniers de basket dehors, quelques ballons, un peu de hockey bottine... Et qu'elle me laisse gérer la bouffe!

L'État omniprésent

À Winnipeg, la DPJ locale est en procès: elle a retiré ses enfants à un père néo-nazi qui ne les maltraite pas, mais leur enseigne ses idées odieuses et racistes. La Charte des droits et libertés proscrit le racisme. Elle affirme aussi l'égalité des hommes et des femmes. Les Musulmans et les Catholiques, qui ne reconnaissent pas cette égalité, se verront-ils retirer leurs enfants?

Le cours d'éthique et culture religieuse enseigne aussi la morale et les perceptions religieuses d'un État tentaculaire qui ne se fie pas aux parents...

Dans quel monde infantilisant sommes-nous? Une femme de Laval a écopé d'une amende pour avoir lâché la main courante d'un escalier roulant dans le métro! Quand elle a protesté, on l'a arrêtée, menottée comme une criminelle.

À Québec, des inspecteurs tâtent les sacs à ordures au bord de la rue pour pincer les citoyens qui ont l'outrecuidance d'y mettre du gazon coupé, au lieu de le laisser sur leur terrain. Montréal, au lieu d'installer des cendriers, a institué une police des mégots pour traquer les fumeurs dehors, aux sorties du métro!

Poêles à bois

Le gouvernement réprouve maintenant le système de chauffage le plus ancestral, les poêles à bois, comme s'il s'agissait de l'arme nucléaire nord-coréenne! On interdira bientôt aux parents de fumer en présence de leurs enfants. On commence par les surveiller en voiture, mais on finira bien par appeler la DPJ quand un adulte en grillera une devant un mineur en privé. Et pendant ce temps, on laisse les contrebandiers de cigarettes bourdonner autour des polyvalentes!

Sous prétexte que l'État paie les soins de santé et d'éducation, il s'immisce de plus en plus dans la vie des citoyens, impose ses règles, uniformise les idées, légifère sans vergogne sous l'influence de lobbys bien-pensants. Cette dérive m'inquiète!

 

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