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Ça prend plus que des promesses

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Est-ce que l'ancien ministre libéral et ex-député de Dubuc, Serge Simard, s'est... (Archives le Quotidien)

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Archives le Quotidien

Catherine Delisle
Le Quotidien

Est-ce que l'ancien ministre libéral et ex-député de Dubuc, Serge Simard, s'est fait passer un sapin, la veille des élections provinciales?

Est-ce que son ex-collègue à l'Éducation, Michèle Courchesne, avait un quelconque intérêt à administrer un coup de Jarnac au Cégep de Jonquière en accordant une autorisation à l'Institut André-Grasset pour qu'il offre un DEC en production et postproduction télévisuelle, une des plates-bandes du programme d'art et technologie des médias (ATM)?

Se peut-il que le ministre Sylvain Gaudreault ait manqué de vigilance, lui qui était alors député de Jonquière dans l'opposition en plus d'avoir été professeur au département d'ATM dans son ancienne vie?

Visiblement, nos deux représentants à l'Assemblée nationale auraient dû prendre exemple sur le bloquiste Robert Bouchard. Pas grand-chose n'échappait à sa surveillance du temps où il siégeait aux Communes dans l'opposition. Il sortait régulièrement un lapin de son chapeau. Misère qu'il était à surveiller! Parlez-en à l'ancien ministre conservateur de Jonquière, Jean-Pierre Blackburn.

Promesse non tenue

Qu'importe qui a fait preuve de laxisme, le résultat est là, impitoyable. Le Cégep de Jonquière, qui se bat depuis des décennies pour conserver son exclusivité, se sent floué. Et c'est d'autant plus choquant que tous ceux qui ont représenté Jonquière au fil du temps, libéraux comme péquistes, ont fait la promesse formelle de lui conserver ce privilège. Chaque fois, le gouvernement au pouvoir donnait son appui. La Fédération des cégeps a fait de même. Une protection béton, pensait-on. Petite info en passant, une ancienne cadre du Cégep de Jonquière, Johanne Munn, oeuvre même au ministère de l'Éducation à l'enseignement collégial.

Au grand jour

Si on n'a pas vu ce qui se passait, c'est que ça dormait au gaz. Lors d'un entretien avec le directeur de l'Institut André-Grasset, Daniel Tremblay, il a expliqué qu'un plan d'affaires avait été présenté au ministère de l'Éducation dans le respect des règles. Précision importante: l'Institut n'a pas emprunté la filière politique. Aucun député n'a été interpellé dans le dossier. La direction n'a pas joué du coude pour obtenir une autorisation en douce. Tout s'est fait ouvertement. C'est ce qu'il soutient.

Les techniques d'animation 3D, les effets spéciaux pour le cinéma, les jeux vidéos, le montage de films, les effets visuels... Bref, le multimédia, le traitement de l'image, c'est le business de l'Institut depuis longtemps. Ses programmes répondent aux objectifs du ministère et la maison d'enseignement détermine ses activités d'apprentissage. Elle ne dispense pas de formation en journalisme. «Jonquière a ses couleurs et nous les nôtres», a-t-il insisté.

Selon Daniel Tremblay, en demandant au ministère de lui accorder la possibilité d'offrir un DEC en production et postproduction télévisuelle, l'Institut a voulu bonifier son programme d'études. Les candidats devront cependant détenir un autre DEC, car l'institution n'offre que la formation technique. En plus, comme c'est privé, les étudiants doivent payer de leur poche. Ce n'est donc pas à la portée de tout le monde.

Patate chaude

L'Institut André-Grasset a reçu la confirmation officielle que ce programme d'études est ajouté au permis, a confié Daniel Tremblay. Pour le résilier, il faudra donc de bons arguments, comme démontrer que la maison d'enseignement est inhabile à donner cette formation, qu'elle n'a pas respecté les conditions, qu'elle a agi de manière frauduleuse, nébuleuse et sournoisement. S'y attaquer sera toute une épreuve.

Le ministre Sylvain Gaudreault a une belle patate chaude entre les mains. En la refilant à son collègue Pierre Duchesne pour que le dossier soit traité au sommet sur l'enseignement supérieur, il gagne du temps, mais il ne règle strictement rien. Il y aura tellement de chats à fouetter à ces assises, qu'on peut raisonnablement se demander si on accordera tout l'intérêt souhaité aux programmes offerts en «exclusivité» au SaguenayLac-Saint-Jean. En dehors de Montréal et de Québec, attirer l'attention est toujours un pari audacieux.

Protection législative

Les politiciens multiplient les promesses, c'est encore pire en période électorale, mais elles sont loin d'être toutes vouées à un bel avenir. En voilà une autre belle preuve. Plutôt que de nous rouler dans la farine, le ministre Gaudreault, dans l'intérêt des cégeps de la région, doit prendre les grands moyens pour régler une fois pour toutes le problème des exclusivités. Pas par une autre promesse, la main sur le coeur, qui risque encore d'être brisée, mais en accordant une vraie protection législative. Il peut le faire. Il n'a qu'à convaincre ses collègues de la légitimité de sa demande.

Ayons confiance. Le ciel n'a jamais été aussi bleu, non seulement au Saguenay, mais à Québec. Nos cinq poids lourds devraient pouvoir régler ce dossier-là une fois pour toutes à moins qu'ils préfèrent se perdre en récriminations et en promesses. Jusqu'à maintenant, on n'a jamais eu une protection autre que la discrétion du ministère. On voit ce que ça donne.

QUESTION ?

Est-ce absolument nécessaire, pour notre compréhension, que les journalistes donnent la météo à l'extérieur par un froid de canard ?

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