L'identité québécoise malmenée

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OPINION / Dans Le Quotidien du lundi 3 juillet 2017, l'article d'opinion intitulé Identité québécoise (page 13) n'est à mon avis qu'un amas de confusions. Et l'ajout au nom de l'auteur des pompeuses abréviations de titres universitaires (en caractères gras s'il vous plaît) ne rehausse pas, dans mon esprit, la piètre portée du texte. Bien sûr, chacun a droit à ses opinions. Mais, en ce qui me concerne, je continue à croire que les partis pris politiques ne sont pas une incitation ni une invitation à dire ou écrire n'importe quoi. Alors, j'expose quelques-uns des éléments qui me paraissent relever d'un amateurisme assez désolant, sinon d'un souci exagéré d'embrigader coûte que coûte des partisans en mal de convictions.

Pourtant, dès la deuxième ligne, porteur ou pas de formation universitaire, on aimerait savoir en quoi consiste un « texte soupesé ». Mais, suite à cette imprécision, on reste sur le terrain de la confusion quand, au paragraphe suivant, on apprend que nous n'avons pas un, mais deux pays... « bien à nous » en plus ! Faudrait sans doute comprendre que les deux pays en question sont le Québec et le Canada. Alors, tenez-vous bien, fédéralistes de tout crin : le précédent raisonnement impliquerait que le Québec est un pays ! On est donc en droit de s'attendre à ce que ce prétendu pays se comporte comme un vrai pays. Avec les pleins pouvoirs d'un pays normal. Y compris la totalité des impôts, des taxes, des lois, des traités, d'une constitution, de la représentation auprès des organismes internationaux... On est un pays ou on n'en est pas un, que diable ! Par contre, concernant le charabia de l'article concerné, pour en souligner l'incroyable cafouillis, n'est-il pas plus simple de réaliser que le nombre de pays que l'auteur attribue aux Québécois est lui-même erroné ? Ainsi, étant donné que le Québec n'est pas signataire de la constitution de 1982, il n'y a ni un ni deux pays ; il n'y en a tout simplement aucun.

S'ensuit une énième fois (fallait s'y attendre !) le flux des milliards... Y compris l'inénarrable péréquation. L'auteur a même la discutable délicatesse de nous donner un ordre : faites un peu de recherche... Ah bon, il détient le monopole de l'information ! Chanceux, ce monsieur ! Mais, à part sa vraisemblable consultation à Statistique Canada, on peut se demander d'où vient cette fanfaronnade qui, une fois de plus, garroche sans retenue tous ces milliards. Évidemment, le tout sans aucune allusion aux impôts et taxes de toutes sortes que le Québec fournit au gouvernement fédéral. Pourtant, le ministère des Finances du Canada détient beaucoup d'informations sur le soutien fédéral aux provinces et aux territoires. Chiffres à l'appui, l'organisme en question avance que, après l'Ontario, c'est le Québec qui reçoit le moins de péréquation per capita. Aussi, au ministère de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique du Canada, on peut voir des chiffres éloquents, entre autres pour l'aide au secteur de l'automobile.

Mais le comble de l'aberration est peut-être atteint quand on nous cite l'Arabie Saoudite à titre d'idéal à suivre en fait de développement économique. Ainsi, produire et vendre le plus possible de pétrole polluant et utiliser ce fric pour se procurer tout un arsenal militaire serait bénéfique pour nous comme pour la péninsule persique ? Ce serait commode pour en imposer davantage aux nations les moins nanties ? Faudrait demander à la population du Yémen ce qu'elle en pense ! On a même constaté récemment que ce pays a osé blâmer le gouvernement canadien pour son intervention élémentairement humanitaire dans le dossier du torturé Omar Khadr. Faut-il croire que les comportements de jungle sont la recette idéale pour gérer les conflits dont sont en partie témoins ou victimes les populations de la péninsule arabique, comme celles de bien d'autres nations du monde ? 

Et sous prétexte que le commerce du pétrole est porteur de fric en abondance, on ne peut tout de même pas se foutre de la qualité de la vie sur la Terre, comme si une « planète B » était à notre disposition au cas où...

Autre aberration dans cette accumulation d'absurdités, mais d'une tristesse particulièrement navrante cette fois-ci, parce qu'elle met en cause le coeur même de notre identité collective. Au début de son dernier paragraphe, l'auteur affirme crânement ceci : « Notre langue est bien protégée. » Mais où peut-on pêcher une pareille divagation ? Toutes les statistiques démontrent que le français est en perte de vitesse au Québec et, à plus forte raison, au Canada. L'anglais exerce toujours, et plus que jamais de nos jours, son pouvoir d'attraction. On n'a qu'à voir et entendre ce qui se passe dans tous nos milieux d'activités... Les linguistes, de même que le statisticien Charles Castonguay n'arrêtent pas de sonner l'alarme en ce domaine... Que faut-il de plus pour constater que la situation se dégrade, même si la solution ( !) n'est pas simple ? Et cette éventuelle solution surgira-t-elle miraculeusement si on refuse d'observer la débandade plus ou moins insidieuse qui est en train d'hypothéquer l'avenir de notre langue, de notre culture, de notre identité ? La cause n'est peut-être pas encore perdue...

Laurier Renaud, Jonquière




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